Etant donné que le réseau des cinémas Pathé-Gaumont a passé ce jeudi 2 décembre le nouveau film de Sofia Coppola en avant-première (un mois avant la sortie nationale), il est clair que je me suis rué dessus (et puis comme c'est en VOST, on va pas se priver !). J'avais hâte de voir ce que la réalisatrice nous avait proposé, et surtout de savoir si ce film allait être aussi bon que ses précédents. Cette fois, c'est Stephen Dorff qui a le rôle principal du film : il interprète un acteur, Johnny Marco, qui passe ses journées à l'hôtel du Château Marmont de Los Angeles à s'ennuyer. Jusqu'à ce que sa fille débarque et qu'ils passent un peu de temps ensemble. Somewhere a remporté le Lion d'Or à la Mostra de Venise et pour moi, c'est mérité.

La réalisatrice renoue (pour la quatrième fois sur ses quatre films, est-ce une obsession ?) avec le thème de l'ennui. Dès qu'il est seul, le personnage s'ennuie et ça se ressent. Des plans parfois interminables, mais que j'ai savourés (avec une légère lassitude parfois, je l'admets), les images ne racontent aucune histoire (mais vraiment aucune !) et se contentent de nous montrer le petit bout de vie d'un homme complètement paumé, qui n'a pratiquement aucun ami. Seule la présence de sa fille remue sa vie, permettant d'ailleurs au film de vivre un peu, avant que le personnage ne retombe dans un ennui profond dès le départ de celle-ci. Et c'est quelque chose que j'apprécie chez cette cinéaste : la façon avec laquelle elle traite son sujet à la perfection. D'après les quelques critiques que j'ai pu lire, il y a un peu de déception chez les spectateurs. Beaucoup pensent que "c'est trop", que le film dure 1h37 pour rien du tout. Mais justement, le fait de ne rien raconter a quelque chose de beau que je ne saurais expliquer. Même si on attend quelques révélations, qu'il se passe un truc, finalement il n'en est rien. Toutes les pistes sur lesquelles on réfléchit pendant la projection (qui est la personne qui lui envoie des méchants messages ? que se passe-t-il exactement à la fin du film ?) ne trouvent aucune réponse, tout simplement parce que pendant 1h30, on a été plongés dans la vie d'un homme malheureux, puis qu'on en est exclu aussi sec. Même si on sent qu'il a évolué, qu'il est peut-être plus heureux, la surprise est totale. Personnellement, je me suis laissé emporter par tous ces jolis plans comme la réalisatrice sait bien les faire, et je ne me suis pas ennuyé dans l'ensemble (même si tout semble mis en oeuvre pour nous le faire ressentir). De très beaux plans, parfois accompagnés de musiques superbes, je me suis pris au jeu.
D'ailleurs, mis à part un bref moment d'émotion vers la fin, et le dénouement suffisamment mystérieux pour m'avoir plu, on n'a pas grand chose à se mettre sous la dent. Mais ce n'est pas un défaut, et c'est là que le film fait fort, car il parvient à nous captiver grâce à la mise en scène, l'ambiance, et j'aime ça. On se pose devant ce film et on le contemple, tout simplement. Avec quelques touches d'humour, on suit le quotidien de ce Johnny Marco et on assiste à un type de cinéma assez inhabituel, mais néanmoins agréable au milieu de toutes ces superproductions. De plus, la réalisatrice n'hésite pas à pointer du doigt quelques petits détails, en se moquant gentiment de Twilight ou de la télé italienne (notamment sur les doublages de Friends et lors de la cérémonie de remise de trophées). De même, elle insiste sur le fait qu'aujourd'hui, un acteur n'a plus exactement les mêmes fonctions qu'avant. En effet, Johnny Marco ne fait rien de ses journées, et les seuls moments où il doit se déplacer sont pour assister à des conférences ou poser comme modèle pour les effets spéciaux. Bref, j'avais noté pas mal de choses intéressantes concernant ce film mais j'en ai oublié un petit nombre, tant pis. On retrouve le sujet du mal-être, du mal de vivre qui était au coeur de Virgin Suicides. J'ai également adoré la reprise du thème de l'ennui dans le lit (qui est omniprésent dans Lost In Translation et un peu dans Marie-Antoinette) ainsi que de la relation entre deux personnes au sein des couloirs d'un hôtel (comme je l'avais déjà mentionné dans cet article).
Une relation d'ailleurs assez mignonne, pour ne pas dire touchante, entre un père assez désespéré et une fille qui se sent délaissée. Ca donne lieu à quelques moments d'émotion, ce qui est relativement attendu pour un film comme ça, mais sans non plus atteindre de grands sommets. Même si elle fait plutôt 14 ans que 11, Elle Fanning est géniale dans ce rôle de gamine sensible qui aime rire. Et elle a de qui tenir puisqu'il me paraîtrait logique qu'elle suive le même parcours que sa grande soeur Dakota Fanning (la "fillette" maintenant ado de La Guerre des Mondes). Quant à Stephen Dorff, il est parfait et extrêmement talentueux dans ce rôle, à la fois poignant, amusant et décontracté. Je ne connaissais pas cet acteur et ce fut une bonne surprise. Aussi j'ai été ravi (et étonné) de voir apparaître, ne serait-ce que 15 secondes, Benicio Del Toro dans un rôle de quasi-figurant. De même, bien qu'on la voit 5 minutes à peine, la présence d'Ellie Kemper (la nouvelle réceptionniste de The Office, Kelly) m'a bien fait rire.
Quoiqu'il en soit, c'est avec très peu de dialogues que la réalisatrice parvient à nous maintenir devant son film, et ça aussi c'est balaise. Beaucoup de regards (vraiment beaucoup), des plans saisissants, la cinéaste maîtrise parfatiement l'art d'en dire beaucoup avec uniquement du silence et de la concision. Par l'intermédiaire de cette ambiance silencieuse et longue, le caractère déprimé et j'm'en-foutiste du personnage principal est mis en avant, et le film dénonce d'ailleurs toute la superficialité liée à la célébrité (comme les paparazzis ou les grandes suites d'hôtel) en n'omettant pas de signaler que les meilleures choses de la vie sont souvent les plus simples (comme regarder sa fille faire du patin à glace ou écouter tranquillement un petit père chanter une chanson tout en s'endormant).
Pour + de Sofia Coppola :
/image%2F0534527%2F20240528%2Fob_5ff9fd_priscilla.png)