e Ca faisait un moment que je voulais voir Le Dictateur parce qu'on lui voue un culte partout et que quand même, c'est Charlie Chaplin. Le contexte historique de la sortie de ce film est merveilleux, puisque le cinéaste a préparé son film avant que la guerre n'éclate. Son message est puissant et osé, et pour ceci ça reste un monument du cinéma, l'un des films les plus importants de l'époque.

Bref, pour ce qui est du film en lui-même, c'est mon deuxième Chaplin. Le premier étant Une vie de chien, c'est donc mon premier film non-muet du réalisateur. Je ne le connais pas assez pour comparer mais je ne trouve pas que l'apparition de la parole ait tué son cinéma, contrairement à ce que certains disent. L'humour et la gestuelle sont gardés intacts, et c'est surtout ça qui fait la patte de Charles Chaplin. Même si ici il n'est plus question de Charlot mais d'un barbier juif, la ressemblance est tellement frappante que ça pourrait tout aussi bien être lui. Les mêmes mimiques, les mêmes gestes comiques. J'adore principalement cette façon qu'il a de "freiner sur une jambe en sautillant" tout en remettant son chapeau en place (je pense que vous voyez de quoi je parle). C'est fabuleux et ça m'amuse à chaque fois. Sinon le film nous présente donc deux personnages qui se ressemblent énormément : ce barbier juif et le dictateur Hynkel. Chaplin fait preuve d'originalité en ne parlant jamais explicitement d'Hitler, l'Allemagne, la France, la croix gammée, tous remplacés par des symboles qui ne trompent pas. Cette façon d'ironiser et de ridiculiser la guerre est géniale. Hynkel représente bien évidemment Hitler et Charlie Chaplin s'amuse à introduire un petit barbier juif qui lui ressemble trait pour trait.
Et puis il y a la partie du film centrée sur le dictateur Adenoid Hynkel. Là aussi, beaucoup de gags marrants, comme le planning hyper chargé de Hynkel qui n'a pas une minute à lui (il consacre de temps à autres 10 secondes à son peintre et son sculpteur, très drôle !). Et puis il y a la présentation même du personnage, où Chaplin ridiculise Hitler, imitant sa façon de parler et faisant reculer les micros apeurés. De même, le cinéaste n'hésite pas à dévaloriser la technologie nazie avec les "nouvelles trouvailles" qui échouent systématiquement comme le parachute ou le gilet pare-balles aussi léger que de la soie.Et puis, bien sûr, cette scène culte que tout le monde connait : Hynkel jouant avec un globe terrestre. Une belle scène assez drôle, bien sûr métaphorique mais qui ne constitue pas pour moi la meilleure du film. D'ailleurs, j'ai trouvé malheureusement toute le passage entre Hynkel et Napoléoni assez lourde, voire chiante, ce qui est dommage. Ce n'est que mon avis, mais toute cette partie aurait pu être réduite, je pense. Sans vouloir détruire ce qu'a voulu montrer Chaplin de façon astucieuse (qui des deux dictateurs va être le plus fort, lequel va regarder l'autre de haut ?), je n'ai pas trouvé ça drôle. Tout le génie du film se situe bien évidemment dans sa fin, criante de sincérité. Un revirement de ton qui donne toute la puissance émotionnelle du film par un simple discours. La ressemblance frappante entre les deux personnages va mener notre barbier juif à prononcer lui-même le discours du dictateur antisémite. Et là, on sort du film et des personnages car c'est Charlie Chaplin qui parle en personne, qui fait part de ses idées et lance un appel bouleversant au monde entier, avec force. C'est poignant, la musique est des plus sublimes lorsque Hannah relève la tête et regarde le ciel de ses yeux brillants. On se souvient alors du moment où la jeune femme dit au barbier "Regardez cette étoile, voilà une chose que Hynkel ne pourrait jamais détruire". Paulette Goddard est juste géniale et le réalisateur nous offre un final de qualité, très puissant. Un vértiable chef d'oeuvre.