La Jeune Fille à la Perle est un film sorti en 2004 en France et réalisé par Peter Webber. Il est adapté du livre éponyme de Tracy Chevalier, que je n'ai pas lu et qui propose
une histoire possible du fameux tableau de Johannes Vermeer, peint autour de 1665 dans un contexte qui nous est totalement inconnu. Ce n'est
donc pas tiré d'une histoire vraie à proprement parler, mais c'est simplement une hypothèse sur tout ce qui a pu mener à la naissance mystérieuse de ce tableau. Scarlett Johansson incarne Griet est engagée comme servante dans la maison des Vermeer. Bientôt, la jeune femme devient la muse du peintre, qui passe de plus en plus de temps avec elle, lui montrant son travail, jusqu'à intégrer la jeune femme dans
ses toiles...
Encore une fois, le cinéma m'aura permis de m'intéresser à un sujet qui me
tire la tronche depuis longtemps : la peinture. Le pari du film était de montrer à quel point ce célèbre tableau est intrigant et pour ma part, ça a fait effet, complètement. Avant de voir le
film, je n'étais pas motivé plus que ça, car je n'étais pas vraiment attiré par le synopsis. Mais je me suis dit qu'avec toutes les éloges faites autour de ce film, avec l'intérêt historique
qu'il devait susciter et avec Scarlett Johansson, tous les éléments étaient réunis pour me caler sagement au fond du mon fauteuil devant Arte
mardi soir.
Bref, pour en revenir au film en lui-même, je dirais que même s'il n'est pas toujours des plus passionnants (on a droit à plusieurs longueurs
notamment au début), il se démarque par son incroyable photographie, travaillée et soignée sur chacune des scènes. Cette ambiance qui nous donne presque l'impression d'être vértiablement dans
l'atelier du peintre. Une atmosphère qui ressemble trait pour trait à l'univers présent dans ses tableaux et qui donne une idée claire de l'endroit où Vermeer travaillait, avec cette fenêtre sur la gauche qui revient régulièrement dans ses peintures. L'image est tellement incroyable, avec notamment ce
superbe travail sur la lumière, qu'on se croirait presque au coeur de ses tableaux.
Ensuite, la trame, bien que molle (mais ce n'est pas un défaut), est pertinente et
intéressante. Tracy Chevalier, l'auteure du roman, a visiblement fait énormément de recherches pour nous offrir cette version des faits,
apparemment extrêmement fidèle au mode de vie de Vermeer, sa famille, sa maison et ses problèmes d'argent. L'histoire de la chaise que Griet déplace et que Vermeer finit par supprimer de sa toile (pour La Femme à la Cruche
d'eau) n'est pas anodine : il est vrai que des experts ont passé ce tableau aux rayons X et ont découvert que Vermeer y avait
initialement peint une chaise avant de la supprimer. Ce fait historique est donc adapté dans le roman/film de façon crédible et intéressante. De nombreux détails sont à noter dans le film, on
voit notamment quelques portraits se dresser sous nos yeux, en temps réel, et c'est assez dingue de réalisme. Après une brève allusion à La Dame au
collier de perles, le réalisateur nous offre la reconstitution de La Jeune Femme à l'aiguilière et, bien sûr,
de La Jeune Fille à la Perle. Voir ce saisissant tableau se mettre en place sous nos yeux est incroyable. Ca va du turban bleu au
tissu jaune, en passant par les lèvres humectées, la bouche légèrement ouverte mais pas trop, et bien évidemment la perle à l'oreille gauche. Une fois la position entièrement reconstituée,
lorsque la jeune femme prend ainsi la pose et que le maître la peint, on a droit à une scène figée, où Scarlett Johansson se tient totalement
immobile dans cette fameuse position, regardant la caméra, se transformant presque en tableau sous nos yeux. Le spectateur est ébloui. En tout cas pour ma part, j'étais stupéfait.
Bref, même si l'histoire est assez nian-nian par moments (les mains qui
s'effleurent, les regards qui se croisent), la trame assez romantique entre Vermeer et sa soudaine muse Griet se laisse
regarder sans trop d'ennui. Une chose est dommage : on a l'impression que le film se passe sur 2-3 mois alors qu'il se déroule normalement sur 3 ans, ce qui n'est pas du tout ressenti. Du coup,
ça donne l'impression que cette aventure est rapidement bouclée. Néanmoins, les deux acteurs principaux sont d'une grande justesse. Scarlett
Johansson et Colin Firth sont parfaits, la première assez froide et distante tandis que le second traduit parfaitement l'idée
du peintre aux éclairs de génie. Leur complicité est visible à l'écran, notamment lors des scènes où Vermeer apprend à Griet à fabriquer de la peinture, lui demande de juger ses toiles ou lui fait découvrir le mécanisme de la chambre noire. On a également le plaisir de voir Cillian Murphy, très bon comme à son habitude.