Un little big article pour Little Big Man, un film signé Arthur Penn sur la bataille de Little Big Horn. Mais pas seulement. Ce film de 1970 est surtout une magnifique épopée retraçant l'histoire de Jack Crabb, un visage-pâle qui, à 10 ans, se retrouve adopté par des Indiens. Partagé entre ses origines et cette nouvelle famille, Jack/Little-Big-Man oscille entre les deux civilisations tout en mûrissant. Un film superbe, teinté d'énormément d'humour et servi par des acteurs de qualité. En 40 ans, il est impressionnant de voir à quel point le film n'a pas pris une seule ride.
Bref, et si je parlais du film ? J'ai donc été agréablement surpris par ce Little
Big Man qui figure certainement parmi les meilleurs westerns du 7e art (c'est en tout cas ce que j'ai lu, car mon expérience dans le genre est très faible, mais je ne peine pas à
le croire). Arthur Penn s'est inspiré d'un livre de Thomas Berger et c'est Calder Willingham qui était aux commandes du scénario. Little Big Man est dans une vague de
"nouveau western" qu'il est pratiquement le premier à avoir lancé, car il nous montre les Indiens sous un beau jour, contrairement aux westerns avec John
Wayne, un peu moins réfléchis et mettant en scène de méchants sauvages. En ce sens, Little Big Man a eu quelques difficultés
à sortir puisque même si le scénario était prêt au début des années 60, le film a mis 6 ans à se concrétiser, en partie à cause de ça. Depuis, il est assez fréquent de voir des films du point de
vue des Indiens, comme bien sûr le touchant et presque parfait Danse avec les Loups de Kevin
Costner en 1991. Un film intéressant donc, puisque dans Little Big Man, la comparaison entre le mode américain (la
technologie, les moeurs) et celui des Indiens est très présente. On nous expose ici un mode de vie indien fondé sur le respect, que ce soit des animaux, de la terre, de son propre clan, comme de
ses ennemis. Une vie en communauté bien différente de celle qu'on connaît, où l'homosexualité est totalement acceptée, sans aucun problème, et la sexualité n'est pas taboue. Dans cette
civilisation, toute chose est respectée, pour ces indiens tout est vivant : les animaux, les pierres, la terre, les "Etres Humains". Ceci est opposé au monde des "visages pâles", ici bien
caricaturé et subliment démonté par Arthur Penn qui fait preuve de beaucoup de cynisme. L'Homme Blanc n'est plus vu comme l'homme courageux
mais comme un lâche, n'hésitant pas à massacrer les indiens avec des armes à feux et à en tirer de la fierté. Dans ce film, les deux civilisations sont présentées comme relativement racistes
l'une envers l'autre, sauf que les indiens gardent un certain respect contrairement aux américains qui se contentent de les traiter de sauvages barbares à exterminer. Arthur Penn détruit l'image du super cowboy en le rendant plutôt peureux (par l'intermédiaire de Hickok (première
photo de l'article), ce vieux cow-boy totalement angoissé à l'idée de se faire tirer dessus). De même, le cinéaste se permet avec classe de faire du général
Custer un fou, ridicule et finalement bien plus "sauvage" que ceux qu'il qualifie comme tel.
Et puis bien sûr, le film est extraordinaire dans son scénario. Il nous montre l'évolution d'un seul homme, passant
par tout un tas d'étapes. Tout d'abord, le film commence par la fin de vie de Jack Crabb en nous présentant un vieillard de 121 ans. Interviewé par un homme
arrogant, Jack décide de lui raconter toute son histoire lors de Little Big Horn afin de lui fermer son clapet
d'ignorant. Le personnage de 121 ans a été joué par Dustin Hoffman lui-même, et l'effet est totalement frappant. Au début, je n'étais
vraiment pas sûr que c'était lui et j'étais été surpris de voir à quel point le maquillage et le vieillissement de l'acteur étaient saisissants et soignés. Et puis, évidemment, il y a la voix de
l'acteur, complètement modifiée et méconnaissable. D'après ce que j'ai lu, Dustin Hoffman a hurlé à plein poumons pendant une heure dans sa
loge afin que sa voix paraisse celle d'un homme de 121 ans. Une petite anecdote qui ne manque pas de donner encore plus de charme à cet acteur monumental. Ensuite, le vieillard raconte donc
son histoire et en particulier toutes les étapes de la première partie de sa vie. Le personnage est présenté à toutes les sauces. Le gamin élevé par des Indiens, l'ado un peu niais de retour à la
"civilisation", l'as de la gâchette, l'ivrogne, l'ermite, le guerrier, tout y passe et fait de Jack un personnage aux multiples surnoms (Little-Big-Man). L'évolution du personnage est passionnante, celui-ci passant successivement d'un camp à l'autre sans jamais se ranger dans l'un ou l'autre,
définitivement partagé entre deux cultures dont il fait entièrement partie. Cependant, Jack se rend compte aisément qu'il est bien plus proche de sa tribu
d'adoption que du monde de l'Homme Blanc contre qui il combattra tout le long, mais continuant de jouer un double jeu avec le général Custer. On remarque
également que le personnage passe par des hauts et des bas, et que c'est systématiquement dans le monde "civilisé" qu'il atteint le fond du fond, devant complètement ivrogne mais aussi ermite.
Les plus sombres moments de son existence se trouvent dans ce monde tandis qu'il se sent parfaitement chez lui avec les indiens. On peut bien sûr s'interroger sur la véracité des faits concernant
la bataille de Litlle Big Horn, la réalité n'étant peut-être pas respectée entièrement. Mais la démarche est intéressante et un parallèle a d'ailleurs été
fait entre la sortie du film et la guerre du Vietnam qui a eu lieu à la même époque.
Jack entretient une relation toute particulière avec son grand-père adoptif
Peau-De-La-Vieille-Hutte, joué par Chef Dan George. Cet acteur est un véritable chef Indien, issu de la
Colombie britannique à Vancouver. Né en 1899, cet homme qui s'appelait à l'origine Te-Wah-No ne cessera de défendre la cause des Indiens
jusqu'à sa mort en 1981. Il nous offre ici une interprétation sublime et touchante, avec un regard incroyable, et son petit sourire associé à la réplique "Mon coeur s'envole comme un faucon". Ce personnage est intéressant jusqu'à la fin, toutes ses apparitions sont un bonheur et on suit
ses conversations avec Little-Big-Man avec intérêt. Il a la faculté de faire des rêves prémonitoires, ayant vu son fils adoptif boire "un liquide fait d'eau avec de l'air" à la trompe d'un étrange animal ou prédissant une subite excitation des poneys. La fin du film est également magnifique,
lorsqu'il souhaite monter tout en haut de la colline pour mourir, aveugle et allongé sous la pluie. Un personnage avec beaucoup de charisme.
Pour continuer avec les personnages et les acteurs, il y a bien sûr Faye
Dunaway. Cette actrice que je n'ai pas vu souvent (juste dans Arizona Dream je crois) est magnifique et pleine de talent.
Arthur Penn la retrouve 3 ans après Bonnie and Clyde (qu'il faut absolument que je
voie) et met en avant l'hypocrisie chrétienne en montrant ici un personnage plein de principes religieux en apparence, mais qui ne les respecte plus en privé. Même si on ne voit pas le personnage
très souvent (vers le début et vers la fin où Jack la retrouve par pur hasard), il est bon de noter la prestation de l'actrice qui m'a bluffé, avec un regard
de dingue et une certaine classe. Une sorte d'intigue amoureuse se forme entre les deux personnages, mais elle n'aboutira jamais, certainement parce que Jack
Crabb se rend compte qu'il ne fait pas vraiment partie de ce monde et que celle qu'il aimait étant jeune n'était rien de plus qu'un simple amour d'ado. Cependant, ce "couple" est assez
intéressant et mignon.
Et on finit avec le meilleur, bien évidemment, Dustin Hoffman lui-même. Je
compte sur les doigts d'une main atrophiée le nombre de films que j'ai vu avec lui, mais ça a toujours été un énorme plaisir. Ici il porte pratiquement le film sur ses épaules, même si tous les
rôles secondaires sont très loin d'être fades, comme je viens de l'expliquer. Cet acteur est tout simplement immense, et ça se traduit par le nombre incroyable de rôles dfférents qu'il tient dans
ce film. Capable de jouer le jeunot insouciant qui ne connait rien à la vie civilisée, jouant ainsi le rôle d'un ado de 18 ans possédant la culture scolaire d'un enfant, il passe rapidement dans
des registres bien différents, comme lors de son passage "as de la gâchette". Jack devient subitement un homme imposant, qui fait peur à tout le monde (un peu
comme le Biff Tannen de Retour vers le Futur). Arthur
Penn caricature le cliché du cow-boy et fait preuve d'un humour cynique et appréciable. Puis Dustin Hoffman ne cesse de
changer de registre, prenant subitement une énorme barbe, roulant dans la boue et sous la pluie en finissant une dernière bouteille de whisky, au bout du rouleau. Puis il joue dans l'émotion et
l'humour dans les parties consacrées au monde indien. Beaucoup de jeux de regard, et Dieu sait que j'adore ça. Dustin Hoffman, avec l'un de
ses premiers grands rôles, a depuis acquis une popularité conséquente, considéré par certains comme l'un des meilleurs acteurs jamais connus.
Pour finir cet article, je ne pouvais pas parler de Little Big
Man sans mentionner l'humour incroyable présent tout au long du film et qui m'a fait exploser de rire à de nombreuses reprises. L'humour est principalement apporté par
Cal Bellini (photos) qui joue Ours-des-Montagnes, l'indien à qui Jack sauve la vie et qui deviendra son "ennemi" au sein de la tribu. Pendant tout le film, on voit apparaître Cal
Bellini de temps en temps et à chaque fois, il m'a fait marrer. Non seulement l'acteur a une tête vraiment sympathique, mais en plus le personnage est d'une drôlerie immense.
Toujours humilié par Little-Big-Man, qui ne le fait jamais exprès, il est constamment touché dans son ego et nous donne des scènes vraiment hilarantes. Le
passage le plus mémorable est incontestablement le moment où ce personnage sombre légèrement dans la folie et devient un "Contraire", c'est-à-dire
qu'il fait tout à l'envers. Il marche à reculons, dis "oui" pour dire "non", se mouille pour se sécher,
se frotte avec de la saleté pour se laver. Bref, je ne m'attendais pas à voir dans ce film un tel sommet d'humour absurde et je n'ai pas pu m'empêcher de rire. De même, il y a ce passage où
Ours-des-Montagnes propose à Jack de venir manger dans son tipi et que ce dernier refuse, humiliant ainsi son rival sans
même l'avoir voulu. Ours-des-Montagnes se met à crier de désespoir alors qu'il a pourtant été sympa, et le personnage est vraiment marrant, inspirant la
pitié. Ca fait du bien de voir un "rival" loin du cliché habituel du mec au regard sombre et mauvais. Au final, les deux personnages finissent par être quittes mais ne deviennent pas les
meilleurs amis du monde pour autant. C'est amusant de voir qu'avec si peu d'apparitions, ce personnage soit aussi attachant.