Ravi d'avoir pu découvrir Orange Mécanique au cinéma, c'est une sacrée expérience de voir ce chef d'oeuvre de Kubrick sur grand écran. Mais que signifie "chef d'oeuvre" pour Kubrick ? Avec 2001 l'Odyssée de l'Espace, Les Sentiers de la Gloire, Shining, Eyes Wide Shut, Full Metal Jacket, Barry Lyndon, ce type n'a fait que pondre des films d'anthologie (ou presque), des piliers majeurs du septième art. Orange Mécanique aborde de nombreux thèmes passionnants, traités avec finesse, sans clichés, et surtout avec une virtuosité de réalisation impressionnante.
La seconde partie est pour moi la plus passionnante. Alex bénéficie d'un traitement "tout nouveau",
remède révolutionnaire qui va le forcer à devenir gentil et sain d'esprit. C'est ici précisément que réside tout le génie de cette histoire, car Kubrick imagine ici un remède-miracle affreux.
Enfin, c'est plutôt à Anthony Burgess que revient ce mérite (il ne faut pas oublier que le film est une adaptation d'un roman), mais bref. L'idée est terrifiante et permet au film de se classer
dans la catégorie des films d'anticipation : un traitement qui obligerait toute personne à se tenir tranquille, à rester docile. Les scènes de lavage de cerveau sont abominables (et c'est
d'ailleurs pour moi ces passages qui sont les plus insoutenables car il s'agit de violence morale). Grâce à un lavage de cerveau (association de la nausée à des images choc), les scientifiques
parviennent à rendre Alex bon. Mais bien évidemment, ceci pose le problème du libre-arbitre, du choix. Peut-on dire qu'Alex est devenu bon, alors que la bonté est une question de choix ? De même,
peut-on dire qu'Alex est devenu bon alors qu'il est juste contraint à ne pas être mauvais ? Autre question terrible que pose le film : et si ce lavage de cerveau était utilisé à des fins plus
maléfiques (on pourrait imaginer rendre un homme dangereux avec cette méthode). Ceci est mis en valeur par la musique de Beethoven, merveille du monde que le personnage principal ne peut plus
supporter, et pose immédiatemment les limites d'un tel traitement. Qui plus est, alors qu'on a assisté pendant près d'une heure à toute l'horreur et la cruauté dont le personnage principal était
capable, on ne peut s'empêcher d'éprouver pitié et compassion à l'égard d'Alex. Effectivement, son passage en prison lui a fait comprendre qu'il ne voulait plus être mauvais. Il se confie
d'ailleurs à un prêtre pour lui dire qu'il veut absolument "devenir bon". Sauf qu'en le forçant à devenir bon, son changement de comportement n'aura pas été un choix mais un supplice. Et c'est
alors que, sous nos yeux, Alex tombe nez à nez avec toutes les personnes à qui il a fait du mal au début du film : le clochard, ses anciens amis devenus flics (à propos, les flics ne sont pas mis
à l'honneur dans ce film...), le petit vieux devenu veuf. Sauf qu'à présent, il ne peut plus se défendre et n'a d'autre choix que de subir les différentes vengeances de tout le monde. Cette
partie du film est vraiment très dramatique, impression accentuée par l'ambiance et la voix off, ainsi que les musiques toujours aussi sublimes. Il s'agit d'une descente aux enfers terrible pour
le jeune homme qui récolte les retours de la violence qu'il avait semée. La fin de ce film est à la fois pessimiste et optimiste (il "guérit", réellement cette fois), j'avoue ne pas encore savoir
qu'en penser, et j'aimerais connaître vos avis là-dessus.