Une fiancée pas comme les autres (oubliez ce titre peu avenant) part d'une idée extrêmement originale et surprenante qui fait clairement du film un ovni cinématographique hors pair. La réalisation est plutôt classique, mais l'idée est tellement loufoque que le film force automatiquement l'intérêt. Ryan Gosling sort radicalement de ses rôles habituels, il est méconnaissable et pourtant son jeu d'acteur est encore plus hallucinant que d'habitude. Il interprète Lars, un jeune homme solitaire, assez dérangé psychologiquement qui refuse qu'on le touche. Il vit seul en face de chez son frère Gus et de sa belle-soeur Karin, dans un garage aménagé. Un beau jour, il leur annonce qu'il a rencontré une fille sur Internet et qu'il souhaite leur présenter. D'abord soulagés par cette nouvelle, leur surprise va pourtant être grande en découvrant qui est l'étrange Bianca.
Je ne sais pas trop comment aborder cette critique sans en dire trop, et d'ailleurs je ne suis même pas sûr que le fait de ne pas en dire trop soit nécessaire. Quoiqu'il en soit, le film est une belle leçon de tolérance où Ryan Gosling tient l'un de ses plus grands rôles, et paradoxalement l'un de ses moins connus.

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Une fois qu'on comprend ce qui se trame, le film devient absolument palpitant. Il fait partie des films qui oscillent constamment entre l'humour et le drame, mais celui-ci parvient même à concilier les deux simultanément. J'ai ressenti un paquet de choses différentes en suivant cette intrigue quelque peu déroutante, mais pire encore : parfois je ne savais pas ce que je devais ressentir. L'absurde de la situation m'a souvent poussé à rire, avant immédiatemment de me rendre compte que ce n'était pas drôle. Bref, la sensation est très étrange pour le spectateur mais, heureusement, le film ne produit jamais d'effet glauque ou gênant. La situation fait sourire - car elle est inattendue et superbement réalisée - autant que Lars attriste. Le réalisateur fait ici un travail remarquable car il reste toujours dans la sobriété en ne tombant jamais dans les travers qu'on aurait pu craindre. Il traite le sujet avec une étonnante sensibilité, jusqu'à même nous faire pleurer à la fin, non pas pour ce qui arrive à Bianca, mais pour l'effet que tout ceci a sur Lars. Même si le dénouement reste assez prévisible et que la construction du film est parfaitement logique, le scénario est quand même suffisamment fort pour nous tenir en haleine pendant 1h30.
En fait, la plupart des scènes sont assez tendues, tout en étant bizarrement jubilatoires (comme la scène où Lars parle de sa fiancée à Gus et Karin ; j'étais entrain de trépider sur mon siège comme si je ne supportais pas d'imaginer ce qui allait se produire par la suite). Le personnage et son histoire sont vraiment traités avec un grand soin, avec une finesse éblouissante, car le film est constamment centré sur les émotions de Lars et le fond de sa pensée. On voit un être torturé, désespéré et terriblement touchant. L'erreur aurait été d'en faire un personnage minable, ce qui n'est absolument pas le cas. Si le film n'est pas toujours réaliste dans les événements (notamment sur la fin où ça devient légèrement trop gros), il est incroyablement poétique. Le mot "poésie" est peut-être celui qui caractérise le mieux Une fiancée pas comme les autres, car on a ici de purs moments de féerie, de grâce et de mélancolie. Le film évolue en même temps que Lars, personnage en détresse aux frontières de l'autisme qui m'a passionné psychologiquement d'un bout à l'autre et finit par engendrer la compassion. Ryan Gosling ne cesse de m'étonner au fur et à mesure que je découvre sa filmographie. Qui plus est, si le film est un hymne à la tolérance et à la solidarité, il ne souffre jamais d'une moralité cul-cul qu'on aurait pu en attendre.