Après le bon I Love You Phillip Morris hier soir, Canal+ nous propose Up in the Air ce soir à la télé, un très beau film de Jason Reitman avec George Clooney, sorti en 2010. Up in the Air est le titre original, traduit en français par In the Air. Il n'y a pas à dire, nos traducteurs sont très forts et pas du tout incompréhensibles. Bref, il n'empêche que le film est très sympa à regarder et que je vous le conseille. Il nous présente un personnage, Ryan Bingham, qui passe son temps à voyager et a une philosophie de vie assez inhabituelle.
Et ce mode de vie ne s'arrête pas là. Collectionneur compulsif de miles aériens, Ryan Bingham est
également un homme qui fuit toute forme d'engagement et de contact humain. Il aime la solitude, il aime vivre seul. Misanthrope assumé, il hait le mariage et le matérialisme. C'est un mec cool
qui adore sa vie, qui adore les aéroports, les chambres d'hôtels et les voitures de location. On aurait pu croire que le charmant Clooney
n'aurait pas collé à ce type de rôle mais c'est tout le contraire qui se produit. Il est à fond dedans et c'est passionnant. La philosophie de vie de Ryan est
basée sur l'idée d'un sac à dos. Prenez un sac à dos vide, mettez-le sur vos épaules et remplissez-le de toutes les choses que vous possédez. D'abord les petits choses, les baioles, puis
les objets plus imposants, les meubles, etc. Finissez par votre maison et essayez d'avancer : c'est impossible. Si on est trop dépend de toutes ces choses, elles vous ralentissent en vous
alourdissant. Autre question : si le sac à dos brûle, quels objets va-t-on sauver ? Ryan développe un raisonnement similaire avec les personnes qu'il cotoie,
sa famille, ses amis : qui doit-on mettre dans son sac à dos ? Au final, la philosophie de vie de Ryan est de garder son sac vide afin de vivre pleinement
comme on l'entend, sans contraintes. Et si j'ai autant apprécié le film et le sujet abordé, c'est parce que je me suis identifié à ce personnage de façon très violente, ça m'a personnellement
beaucoup parlé. Ce refus du mariage, de la vie de couple, cette peur d'avoir des attaches géographiques sont des sentiments que je partage à fond et j'ai été ravi de voir l'illustre George Clooney interpréter un tel rôle, aussi profond.
Mais bien évidemment, la morale revient au galop et c'est là que je suis un peu déçu et mitigé. Notre personnage va rencontrer
quelqu'un et sa vision des choses va changer, ce qui peut paraître logique, jusque là pas problème. Le problème ce n'est pas l'évolution du personnage mais la façon dont il est jugé. Le film
laisse entendre que Ryan n'est pas un adulte, que sa vie est absurde et qu'il doit évoluer. Or je ne suis pas d'accord avec cette idée. Personnellement, j'ai
vu ici un homme heureux, plus heureux que la moyenne des gens mariés, qui vit sa vie à plein temps et se complait dans une certaine solitude amoureuse. La conclusion du film est à mon goût
détestable. On voit passer des employés licenciés qui nous disent que l'amour est merveilleux, que la vie ne vaut le coup que si on la partage avec un conjoint, qu'il ne peut pas en être
autrement et j'ai trouvé ça terriblement décevant. Et finalement le personnage de Clooney passe presque pour un blaireau qui n'a rien compris
à la vie. Le film veut qu'on ait pitié de cet homme, éternel solitaire, alors qu'au contraire j'ai été fasciné par sa vie et son mode de pensée, que je comprenais et enviais. Des tas de gens ont
un tel mode de vie et s'y complaisent, beaucoup plus épanouis que certains couples confinés dans un moule social quasiment obligatoire. Heureusement, le scénario n'est pas tombé dans le ridicule
de faire sombrer Ryan dans un modèle de vie conformiste, ce qui sauve les meubles car ça aurait donné un "happy end" pour la majorité des gens, mais un
terrible pessimisme pour ma part.