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La Haine - de Mathieu Kassovitz

La Haine - de Mathieu Kassovitz

    Après toutes ces années à faire durer le plaisir et à me dire "bon, allez, si ce n'est pas cette année, ce sera l'année prochaine, on n'est plus à ça près !", j'ai décidé (enfin !) de découvrir La Haine très tôt dans l'année afin de ne pas être tenté de me refaire cette réflexion en 2021. 25 ans après sa sortie, ce film dont je connaissais à peine quelques scènes cultes m'a surpris, et beaucoup plu.

 

    Je parlerai très peu dans cet article du réalisme du film ainsi que de son message. Tout d'abord, parce qu'il ne faut pas faire semblant : je n'ai jamais été plongé une seule fois dans l'univers des cités, encore moins dans les années 90, et je suis donc incapable de vous dire si les scènes, dialogues et réactions des personnages sont cohérents par rapport à la réalité des choses. Tout ce que je peux dire, c'est que j'y ai cru à fond du début à la fin, les acteurs étant extrêmement convaincants dans leur jeu. J'ai le sentiment que la façon qu'ils ont de s'exprimer semble correspondre tout à fait au langage des jeunes dans les années 1990, mais je préfère ne pas l'affirmer. Quant au message du film ainsi que les polémiques qui ont circulé autour, je ne m'y pencherai pas non plus car des milliers de personnes l'ont fait avant moi, et mieux. Mais encore une fois, je peux au moins dire une chose : j'ai trouvé le propos saisissant. Le film met parfaitement en évidence les rouages de la haine aveugle, du dialogue de sourds qui existe entre les jeunes et la police. Les problèmes de communication, d'éducation, de culture, de racisme, de conflit inter-générationnel, de drogue, de conditions de vie, de self-control, d'ennui profond ; tout ceci forme un réseau complexe et inextricable qui mène fatalement à un déferlement de violence et le film passe en revue tous ces vecteurs de haine avec une grande fluidité. Le scénario est très simple mais soulève un fait qui résonne toujours régulièrement dans l'actualité : il semble impossible de contenir la haine et la révolte face à l'injustice d'une bavure policière.

La Haine - de Mathieu Kassovitz

    Mais attardons-nous plutôt sur les aspects purement cinématographiques de La Haine. Car le propos du film est joliment souligné par une mise en scène qui m'a parfois époustouflé, avec quelques idées visuelles assez belles qui donnent à ce film une réelle identité. La scène du miroir, lors de laquelle Vincent Cassel se croit dans Taxi Driver, est astucieuse et permet un plan assez incroyable. La caméra initialement située derrière le protagoniste, qui se tient face à son miroir, se met soudainement à passer par-dessus la tête de celui-ci pour se retrouver directement face au miroir, comme si on était tout à coup passés en vue subjective. L'effet est bluffant.

    La scène qui m'a le plus saisi est celle, assez connue, du travelling compensé. Si le film use souvent du travelling simple, permettant parfois de beaux plans-séquences lors desquels les discussions ne sont pas entrecoupées d'ennuyeux champs / contre-champs, je dois admettre que ce travelling compensé a eu son effet sur moi. J'ai effectivement poussé un "wouah" d'émerveillement (certes, je suis facilement impressionnable) et je me suis immédiatement repassé ces quelques secondes trois ou quatre fois. Ce plan est de toute beauté, donnant l'impression que les personnages sortent littéralement du décor et que leur intégration dans ce milieu est définitivement impossible. L'absence de musique rend la scène d'autant plus frappante ; ce sont quelques secondes presque hors du temps. Par ailleurs, l'absence quasi-totale de musique extradiégétique dans La Haine fonctionne à merveille.

    En dehors de ces plans et mouvements de caméra incroyables que je ne citerai pas tous, le film regorge de séquences qui m'ont surpris. L'une d'entre elles, assez loufoque, restera longtemps dans ma mémoire : c'est celle du vieux bonhomme qui explique aux trois protagonistes dans les toilettes que ça fait du bien de chier un coup, parce qu'à une autre époque c'était plus difficile. Cette séquence, c'est du pur plaisir. Voir les trois jeunes captivés par cette histoire tombée de nulle part, attendre patiemment la chute, puis se demander enfin pourquoi ce mec leur a raconté ça, fut quelque chose de très plaisant. Il est d'ailleurs amusant de voir comme le film semble vouloir proposer une succession d'histoires et de blagues sans chutes (ce procédé a lieu quatre ou cinq fois) aux protagonistes. Le plus dur, pourtant, ce n'est pas la chute.

 

    Tout ceci rend le film plus léger et permet au spectateur de vraiment prendre du plaisir, comme d'ailleurs toutes ces références cinématographiques toujours bonnes à prendre (Les Inconnus, Les Visiteurs, Taxi Driver, Scarface). Ce côté "léger" contraste beaucoup avec des scènes beaucoup plus dures, que je n'attendais pas nécessairement mais qui donnent à La Haine un sacré caractère. Notamment, la séquence de "torture" au commissariat est totalement inattendue et m'a mis extrêmement mal à l'aise. C'était brillant. C'est un peu comme le viol dans Pulp Fiction ; une scène qui vient s'abattre sans prévenir au milieu d'un film qu'on croyait cool à mater.

La Haine - de Mathieu Kassovitz

     Enfin, l'utilisation du noir et blanc donne à La Haine un côté intemporel et incroyablement beau : c'est comme si, comme le propos du film, les images ne vieillissaient pas et restaient d'actualité. En plus de mettre en valeur chaque personnage, ce choix de la non-couleur (défendu jusqu'au bout par Kassovitz) rend chaque scène authentique, dans la continuité des images d'archives montrées dans le très long générique. Le travail des acteurs, quant à lui, est incroyable. Vincent Cassel, une fois de plus, ne cesse de m'impressionner. Plus le temps passe et plus je me dis qu'il fait indiscutablement partie du trio de tête des acteurs français encore en exercice. Quel naturel, quelle voix ! Le voir jouer est presque jubilatoire. Du reste, Saïd Taghmaoui et Hubert Koundé sont également impeccables, le premier très convaincant dans le rôle du jeune dépassé par les événements, et le second touchant dans le rôle de celui qui a des rêves d'ailleurs. Le seul suffisamment lucide pour avoir l'idée de sortir de toute cette merde, mais qui finalement ne pourra jamais sortir du cercle vicieux de la haine.

 

    Bref, La Haine m'a subjugué et, malgré mes grandes attentes, le film a su dépasser mes espérances. Certainement à voir et à revoir.

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Cinéo Max 09/01/2021 11:09

Super article, très bien écrit ????

Sebmagic 09/01/2021 13:42

Merci, c'est sympa !