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Love Exposure - de Sion Sono

Love Exposure - de Sion Sono

    Incroyable. Je ne pensais pas être capable d'écrire sur ce film dès ce soir, mais l'envie d'en parler a finalement surgi une heure après la fin du film, sans doute le temps de le digérer et d'y voir plus clair sur ce que j'en ai pensé.

 

    Love Exposure est un film japonais de 3h55 complètement dingue dont je tairai le synopsis car, quelque soit le résumé que je pourrais en faire, il ne vous donnera aucune indication sur ce que vous allez réellement voir. Quoiqu'il en soit, si vous ne l'avez jamais vu, ne faites pas comme moi : n'attendez pas 10 ans pour vous motiver à le faire, car ce film vaut vraiment le détour.

Love Exposure - de Sion Sono

    Il dure quasiment 4 heures et pourtant, malgré quelques longueurs notamment dans la deuxième heure où le principe du photographe-pervers s'essouffle un peu, je n'ai absolument pas vu le temps passer. Il faut dire que tout est mis en oeuvre pour que l'ennui ne pointe jamais le bout de son nez : les scènes rocambolesques s'enchaînent et les seuls temps morts sont empreints d'une poésie folle. Je vais passer rapidement sur l'unique détail qui m'a chiffonné pendant mon visionnage ; à savoir l'idée que l'amour qu'éprouve le personnage principal passe essentiellement par le fait de savoir s'il va bander ou non, ce qui gâche à mon sens une partie du romantisme, car il se retrouve fort atténué par un côté parfois un peu débile. Outre cette maladresse qui a bridé mes émotions mais qui ne m'a pas choqué plus que ça dans l'univers du cinéma japonais (qui a vu Symbol de Hitoshi Matsumoto ne peut plus être surpris par rien !), je dois admettre que Love Exposure se rapproche dangereusement de la perfection.

Love Exposure - de Sion Sono

     L'histoire d'amour, bien sûr, est complètement folle et ne tourne jamais en rond malgré les 4 heures (oui, je vais le répéter souvent, car oui, c'est une véritable prouesse de nous maintenir captivés sur la longueur avec un tel scénario). Elle est articulée autour de différentes intrigues secondaires toutes aussi bien traitées les unes que les autres ; une histoire de travestissement et de quiproquo délicat qui a le bon goût de ne pas s'éterniser et de cesser juste au bon moment, une présentation du passé douloureux de chaque personnage qui permet de leur donner du caractère (notamment pour le personnage principal au travers de la Vierge Marie, ce qui donne lieu à des séquences musicales absolument prodigieuses), ou encore une partie brillante concentrée sur une secte, ainsi qu'un final de toute beauté que je ne révèlerai pas ici, car ce serait criminel. Cette romance merveilleuse et originale est donc enrobée de sous-intrigues qui apportent beaucoup au film, auxquelles on peut ajouter l'évolution du père du personnage principal, protagoniste faible mais émouvant, et également élément déclencheur de toute l'histoire.

Love Exposure - de Sion Sono

     Du point de vue cinématographique, Love Exposure est une réussite sur quasiment tous les aspects. Le montage est unique et incroyable avec une trame qui n'est pas toujours racontée de façon linéaire ; le film prend plaisir à jouer avec le spectateur en revenant en arrière, en répondant à certaines scènes à des moments où on n'y pensait plus, ou tout simplement en affichant le titre du film au bout d'une heure seulement. Le montage est extrêmement bien pensé car il nous permet de rester constamment focalisé sur le coeur de l'intrigue, tout en nous rappelant ponctuellement les éléments importants qu'on pourrait avoir tendance à oublier dans ce flot de scènes déjantées et complètement folles.

 

    Les musiques permettent de donner un rythme dingue au film ainsi que quelques instants de poésie romantique, même s'il est possible qu'elles soient parfois trop présentes (le film a raté deux ou trois occasions d'utiliser le silence pour mettre en valeur un moment d'émotion). Les acteurs sont superbes, Takahiro Nishijima (Yu) et Hikari Mitsushima (Yôko) percent l'écran à chaque scène alors qu'ils commencent leur carrière avec ce film. Je suis un peu moins fan du jeu de Sajura Andô (Koike) et Makiko Watanabe (Kaori) qui en font à mon goût un peu trop... Mais que signifie "en faire trop" dans un film japonais ? Le costume du travestissement, qui sera ensuite le symbole du personnage de la Femme Scorpion, est une idée de génie. J'avais peur, au début, que Yu se travestirait sous une forme ridicule et clichée de la fille japonaise dévergondée, mais lorsque je l'ai vu apparaître dans ce costume magnifique, j'étais bouche bée. Il est très belle.

Love Exposure - de Sion Sono

     Certaines séquences me resteront inévitablement en tête, notamment parce que Love Exposure mélange les genres sans pour autant qu'on ait l'impression que ça passe du coq à l'âne. Il y a des références évidentes au cinéma asiatique avec les giclées de sang sorties d'un autre monde et le combat succulent qui a lieu avant la rencontre. A de nombreuses reprises, j'ai cru me retrouver devant Kill Bill lors du combat des 88 ou concernant le flashback qui évoque la pédophilie. Par moments, on pourrait presque croire que Quentin Tarantino lui-même a filmé quelques plans.

 

     Toute la partie sur la plage est un bijou. Je ne veux rien spoiler, mais qu'est-ce que c'est beau ! On a droit à une bonne demie-heure de génie pur, où la musique s'estompe et où les personnages se posent, enfin, pour sceller pour de bon la naissance de leur amour. Le monologue de Yôko en un seul plan est saisissant et fichtrement émouvant. Ces deux images parleront immédiatement à ceux qui ont vu le film. Stupéfiant.

Love Exposure - de Sion Sono
Love Exposure - de Sion Sono

    Et puis, bien entendu, la dernière partie du film permet au spectateur de vibrer de plus en plus à mesure que le nombre de minutes restantes s'amenuise, et on assiste alors à une scène déchirante grâce au talent incroyable de Takahiro Nishijima et Hikari Mitsushima. Bouleversant.

 

     Bref, je ne vais pas en dire plus mais Love Exposure fut une expérience cinématographique intense, parfois teintée de petits détails gênants à mon goût, mais qui semblent malgré tout inévitables pour un film d'une telle durée. Je n'aurai peut-être pas l'occasion de le voir une seconde fois cette année, mais je suis à peu près sûr qu'un revisionnage décuplera mon émotion et me fera réaliser à quel point Love Exposure doit être un chef d'oeuvre. Pour le moment, je vais digérer les centaines d'images qui me restent en tête.

 

     Il rejoint de manière indiscutable mon top 300.

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Timothee Flurin 17/04/2021 18:46

Je me suis pris une véritable claque au visionnage de ce film, merci pour la découverte. Quel scénario!

Sebmagic 17/04/2021 19:29

J'en suis ravi ! Effectivement, même quelques mois plus tard je remarque qu'il m'a beaucoup marqué.