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Mister Lonely - de Harmony Korine

Mister Lonely - de Harmony Korine

      Je viens de mettre fin à 9 ans de suspense puisque le DVD de Mister Lonely attendait patiemment dans mon placard depuis 2013. Je ne me souviens même plus comment j'avais entendu parler de ce film puisqu'il est complètement inconnu en France mais l'affiche - et donc, le synopsis - me séduisaient : Mister Lonely raconte la rencontre entre un imitateur de Michael Jackson et une sosie de Marilyn Monroe. La jeune femme invite le jeune homme dans un château où vivent plusieurs autres imitateurs marginaux (parmi eux : Charlie Chaplin, Madonna, Shirley Temple ou encore le Pape), tous reclus de la société. Commence alors pour lui une quête initiatique pour apprendre à se trouver lui-même.

Mister Lonely - de Harmony Korine

       Ce film est signé Harmony Korine, réalisateur que je ne connais que pour Spring Breakers, vu au cinéma en 2012. Je pense que c'est suite à mon visionnage de ce film que je me suis intéressé au cinéaste et que j'ai découvert l'existence de Mister Lonely. Spring Breakers ne m'avait pas enchanté plus que ça : il m'avait plutôt frustré. Je trouvais la forme impeccable, proche du sublime, mais le fond médiocre et vide. Ce film m'avait laissé avec un goût amer à la sortie du cinéma : celui d'un acte manqué du réalisateur qui aurait pu, avec le même matériau de base, proposer un film autrement plus profond et marquant.

 

      J'ai donc entamé Mister Lonely aujourd'hui sur un coup de tête en voyant passer un tweet concernant le film, et je l'ai réellement apprécié. Contrairement à Spring Breakers, le film nous sert un propos qui a du sens. Chacun des personnages se cache derrière un costume pour éviter d'affronter sa vraie personnalité, préférant devenir un autre plutôt que de s'accepter en tant que lui-même. L'ensemble est assez touchant et même charmant, car ces êtres seuls et perdus sont tous aussi doux que désespérés. Tous, sauf l'imitateur de Charlie Chaplin interprété par l'excellent Denis Lavant, qui montre au contraire un comportement brutal et violent ainsi qu'une personnalité sombre, toxique et envahissante. J'ai détesté son personnage et j'ai adoré le détester, car il rend celui de Marilyn Monroe encore plus triste et dépressif. Rien que l'introduction de ce personnage (à travers les simples mots de la jeune femme) nous font comprendre l'ampleur des dégâts qu'il est capable de causer : c'est lui qui l'a forcée à se grimer en Marilyn, obligée à s'effacer derrière l'icône, jusqu'à devenir le fantôme d'elle-même. Lui, aussi, qui reproduit ce schéma destructeur sur sa propre fille.

Mister Lonely - de Harmony Korine

      Même si je m'attendais à ce que les masques tombent petit à petit, pour que les personnages puissent grandir et s'épanouir plutôt que de passer à côté de leur vie, je dois avouer que le sort de l'un d'entre eux (que je ne révèlerai pas) m'a beaucoup surpris. Sans spoiler (mais de toutes façons, si jamais vous êtes tombé sur cet article, c'est clairement parce que vous avez vu le film), j'ai été pris à contre-pied au moment où je pensais voir venir la délivrance du personnage principal à travers une jolie romance.

 

      Qui plus est, j'ai retrouvé dans Mister Lonely les quelques tics d'Harmony Korine qui m'avaient séduits avec Spring Breakers, à travers des séquences contemplatives et musicales qui ont pu en dérouter certains mais qui ont achevé de me faire entrer dans cette histoire. Soyons honnêtes : je n'ai pas entièrement compris le délire autour des nonnes qui font du parachutisme, et j'ai trouvé la récurrence de ces séquences un peu étrange. Cependant, il y a une scène qui m'a fait chavirer, tant elle m'a rappelé la conclusion magnifique et déprimante de Koyaanisqatsi (si si, les deux scènes sont très similaires même si Harmony Korine n'atteindra jamais la puissance de Godfrey Reggio. Et si vous n'avez jamais vu Koyaanisqatsi : voyez-le, merci). La caméra filme lentement la chute d'une nonne à vélo, tourbillonnant avec une musique des plus déprimantes. C'était un moment magique.

Mister Lonely - de Harmony Korine

       Bref, le film est loin d'être sans défauts (quelques séquences paraissent de trop et étirent inutilement le récit), mais j'ai été charmé par Mister Lonely, qui décrit astucieusement la marginalité et la solitude de ces êtres qui ne savent pas comment devenir eux-mêmes, ou qui refusent de le faire. Le chapitrage, par ailleurs, constitué de 4 titres de chansons de Michael Jackson, est plutôt malin et vraiment pertinent. Je vous conseille donc ce film inconnu d'Harmony Korine, un petit moment de poésie assez inhabituel.

Mister Lonely - de Harmony Korine
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