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Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

       Un incendie se déclare dans un puits de pétrole. Pour l'éteindre, quatre hommes sont choisis pour une mission périlleuse : conduire deux camions transportant de la nitroglycérine sur une route dangereuse de 500 km. Ce n'est que mon 4e film d'Henri-Georges Clouzot, mais c'est pour l'instant un sans-faute. Le salaire de la peur est un film tendu qui nous embarque sur des chemins inattendus et pleins de secousses. A voir absolument.

 

Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

       Avec son casting quatre étoiles et sa mise en scène millimétrée, Le salaire de la peur est un plaisir à regarder. Un simple défaut vient ternir l'ensemble, et je vais commencer par là : l'exposition m'a semblé beaucoup trop longue. On doit attendre une heure (littéralement) avant que les camions ne démarrent, poussant ainsi la durée du film à 2h30. Je comprends que la présentation des personnages est importante pour que la deuxième partie du film soit efficace, mais certains éléments auraient pu être occultés sans nuire à la qualité de la trame. Henri-Georges Clouzot s'embarrasse de personnages secondaires qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue. Par exemple, Bernardo (Luis de Lim) a droit à son propre arc narratif, largement dispensable à mon goût : son sort est évoqué hors champ et on passe rapidement à autre chose. 

 

Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

      Mais le pire reste Linda (Vera Clouzot), interprétée par la femme du réalisateur. Seul personnage féminin, elle cumule tous les stéréotypes de la femme-objet, soumise et traitée comme un chien. Linda n'existe que par son attachement à Mario, elle n'a aucune volonté propre et son personnage ne sert strictement à rien. On aurait pu croire qu'elle apporterait un peu d'humanité ou d'émotion à Mario, mais le jeune homme la méprise jusqu'à son départ et elle ne sera plus mentionnée par la suite. Il faut remettre dans le contexte de l'époque – le film a déjà célébré ses 70 ans – mais tout ceci semble franchement daté lorsqu'on le découvre aujourd'hui. 

 

Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

      Cependant, une fois passée cette première heure assez laborieuse, Le salaire de la peur se transforme en périple parsemé d'embûches, où chaque scène transpire le danger. Plus les minutes passent et plus on se lie d'affection pour les quatre personnages, prêts à risquer leur vie pour 2000 dollars. Chaque obstacle est palpitant et haletant, grâce à la mise en scène qui s'attarde sur des petits détails : les visages crispés, les roues qui glissent, le bois de la plateforme qui craque... Le rythme est lent et permet d'instaurer un suspense parfois insoutenable. Je repense notamment au versement du thermos de nitroglycérine dans le rocher, où la tension est gérée d'une main de maître avec des plans sur les personnages apeurés ou stressés (Yves Montand qui attend nerveusement en tapotant une boîte d'allumettes : génial). C'est terriblement efficace, d'autant qu'il n'y a pas de musique : le silence total nous immerge dans chaque situation. Le spectateur se sent, lui aussi, embarqué dans cette galère au milieu de nulle part.

 

Le salaire de la peur - d'Henri-Georges Clouzot - Critique

      Pour finir, ce qui fait du Salaire de la peur un chef d'œuvre est probablement le propos de fond. Au départ, on pourrait croire à un film viriliste qui vante des valeurs de courage et de "bonhomme", mais Clouzot est bien plus intelligent que ça. Le réalisateur ne glorifie jamais vraiment la force de ces hommes, au contraire : il les rend misérables face au danger, justifiant par ailleurs le titre du film. Il n'est pas question de courage et de virilité ici, mais bien de peur. J'ai adoré le retournement de situation au niveau du personnage de Jo (Charles Vanel, exceptionnel), beau parleur presque caïd en début de film qui se transforme peu à peu en homme peureux et rabaissé par les autres. Par la même occasion, on assiste à la déshumanisation de Mario qui saisit cette occasion pour humilier son camarade, jusqu'à un dénouement tragique. La virilité, finalement, mène à l'échec et la mort. La conclusion du film est d'ailleurs parfaite : Mario s'effondre comme si cette épreuve n'avait servi à rien, il n'en tire aucune gloire.

 

     Bref, Le salaire de la peur est un chef d'œuvre qui aurait mérité d'être écourté de 30 minutes. L'introduction, en effet, semble deux fois trop longue. Mais quand l'aventure démarre, c'est du pur plaisir.

 

 

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R
En fait, je ne l'ai jamais vu, alors que j'aime beaucoup d'autres films de Clouzot (quai des orfèvres, le corbeau...). Il y a aussi le remake de Friedkin, réputé plus spectaculaire.
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S
Justement, la force de celui-ci est d'être anti-spectaculaire, y'a presque un avant-goût de western spaghetti dans certains plans. Je te le conseille !