Parmi tous les films de Miyazaki, Mon Voisin Totoro est clairement le plus accessible pour un très jeune public. Depuis qu'elles ont l'âge de voir des films, mes deux filles connaissent cette créature-peluche géante. Moi aussi, malgré ma vision d'adulte, j'adore Mon Voisin Totoro, qui figure d'ailleurs dans mon top 50.
Ainsi, lorsqu'un cinéma du coin a proposé, il y a quelques jours, une séance du merveilleux conte sur grand écran, on a sauté sur l'occasion. Même si on le connait par cœur, ce fut encore un moment plein de charme et de poésie.
Mon Voisin Totoro est (d'assez loin) mon Miyazaki préféré, même si je ne l'ai pas découvert enfant, contrairement à ce que laisse penser le titre de cet article. A chaque fois que je le revois, c'est à la fois mon âme d'enfant et mon statut de père qui titillent respectivement ma nostalgie ou mon émotion. Difficile de ne pas s'attacher à cette petite famille, notamment à Satsuki (10 ans) et Mei (4 ans) dont la relation semble parfaitement authentique. On y retrouve les chamailleries, les disputes, les jeux, les rires, l'amour, la complicité que toute fratrie comporte – sororie, en l'occurrence.
Quand on est papa de deux filles de 6 et 9 ans, forcément, on s'identifie encore plus à cette famille et à ce lien triangulaire très fort. Dans la famille Kusakabe, il plane en plus l'angoisse de la maladie de la mère, quasiment absente du récit, mais présente de manière quasi fantomatique, ce qui permet au film de ne pas être entièrement "tout beau et tout gentil". Là où Mon Voisin Totoro se démarque de la plupart des films d'animation destinés aux enfants, c'est qu'il ne présente aucun antagoniste : tous les personnages sont bons et bienveillants. Les seules sources d'inquiétude viennent des relations entre les personnages ; ils ont constamment peur de se perdre les uns les autres. Ainsi, les seuls moments tristes ou dramatiques viennent de la disparition de Mei, de la durée de l'hospitalisation de leur mère, du retard de leur père qui ne rentre pas du travail... Je trouve ça fabuleux, car le film montre finalement qu'il n'y a pas besoin de "grand méchant" pour rencontrer des problèmes : la vie s'en occupe déjà toute seule.
En plus de ces thématiques, Mon Voisin Totoro présente une galerie de créatures mignonnes – la patte du Studio Ghibli. Je pense aux noiraudes, qu'on aperçoit furtivement, avec leur propre musique et ces "wakka !" amusants. Et puis, bien sûr, à Totoro lui-même, accompagné de ses deux homologues plus petits qui ramassent des glands. La créature est aujourd'hui la marque de fabrique de Ghibli et ce n'est pas étonnant : ce mi-ours, mi-hibou est une petite merveille sur le plan visuel. A la fois imposant physiquement, et amusant, il marque les esprits. Idéal pour se décliner en peluche (j'en ai une, évidemment).
La meilleure scène du film, lorsque les filles attendent le bus sous la pluie, est un bijou d'ambiance. Miyazaki joue sur le silence de la situation, d'autant que Totoro ne parle pas un mot de japonais, et il s'attarde sur des petits détails – les lumières, les gouttes de pluie sur le nez ou le parapluie – qui rendent la scène culte. La magie opère instantanément.
En matière de magie et de poésie, d'ailleurs, le film est difficilement égalable. Le spectateur est plongé dans une nature verdoyante, aussi bien en plein jour lorsque les filles courent dans les herbes, que sous les rayons de la Lune qui offrent quelques spectacles visuels magnifiques. On ajoute à ça des petits détails comme l'étrange flûte que la créature utilise du haut des arbres, telle une chouette qui veille sur la maison... et évidemment la musique exceptionnelle de Joe Hisaishi. Le compositeur délivre ici des morceaux de toute beauté, qui émerveillent et nous emportent ailleurs. Par moments, c'est juste mignon, mais la B.O. s'envole parfois totalement pour devenir puissante, comme dans la scène des arbres qui poussent sous le clair de Lune. Encore une fois, la magie opère à chaque instant.
Outre la poésie, Mon Voisin Totoro n'oublie pas d'être drôle de manière plus enfantine, notamment à travers le personnage de Mei. Le design de la petite fille de 4 ans est tordant et on croit en ce personnage tout du long : elle est vivante, ne contrôle pas ses émotions. Quant à Satsuki, elle est moins amusante, mais c'est normal. Le personnage porte tout le poids de la situation familiale sur ses épaules (parfois littéralement), jusqu'à sa petite sœur dont elle s'occupe comme une mère. Satsuki fait un peu de peine, mais son courage ne la rend jamais misérable. Elle ne baisse pas les bras malgré les difficultés.
Bref, Mon Voisin Totoro fait clairement partie de ma vie – et de ma famille depuis quelques années. C'est un film d'animation exceptionnel que tout enfant devrait avoir vu et revu.