Nous concluons ce mois d'août avec une grande première : aucun des 14 films prévus ce mois-ci ne finira parmi mes coups de cœur. Peut-être suis-je un public plus difficile ces temps-ci, ou peut-être avais-je placé trop d'espoir dans certaines œuvres considérées cultes. Quoiqu'il en soit, j'ai hâte de passer à septembre.
Mon oncle (Jacques Tati - 1958)
Voici ma deuxième ten(tati)ve du côté du cinéaste français, quelques années après Les vacances de monsieur Hulot que j'avais beaucoup apprécié. Mais là – est-ce à cause de mon manque de finesse au niveau de l'humour ? Je n'en sais rien –, Mon oncle m'a laissé totalement sur le carreau. Hormis quelques gags amusants, comme le dysfonctionnement de la porte de garage, Jacques Tati ne m'a quasiment pas touché. Le film donne l'impression de ne jamais démarrer, avec une caméra très distante des personnages, qui nous empêche pratiquement de voir leurs expressions. On doit donc davantage s'appuyer sur les postures de ces personnages qui semblent tout droits sortis d'une BD, mais n'est pas Chaplin qui veut : l'humour visuel nécessite un rythme précis, à mon goût peu efficace ici (il y a tant de longueurs !).
Le pire, cependant, réside dans les dialogues. Outre la qualité médiocre de la prise de son, les répliques sont passe-partout et souvent mal jouées. Et pour rester dans le domaine du son, la musique répétitive et interminable – lors des scènes de village, par ailleurs inutiles – est irritante au possible. Tout ceci vient malheureusement ternir quelques idées rigolotes qui surgissent quand même par-ci, par-là. Insuffisant pour me maintenir captivé ou pour m'amuser.
Que la bête meure (Claude Chabrol - 1969)
Là encore, un film encensé par tous, et je ne pige pas le délire. Que la bête meure n'a pour lui que deux choses : l'ambiance visuelle savoureuse du cinéma français des années 60-70, et Jean Yanne. Pour le reste, il faudra m'expliquer en quoi ce film est digne d'intérêt. Principal souci : son scénario abracadabrantesque. Que la bête meure, c'est la quête d'un père pour dénicher l'homme qui a percuté son fils avec sa voiture. Au fil de son enquête, il va découvrir un homme odieux, que tout le monde souhaite secrètement voir mourir.
Malheureusement, cette recherche d'indices est une accumulation de ficelles scénaristiques grossières, qui frisent le foutage de gueule. Le personnage principal, interprété par un Michel Duchaussoy tout à fait quelconque, aboutit à de bonnes conclusions comme par magie ! J'ai bien ri, notamment, lorsque Charles déclare : "Mon fils traversait la route en venant de la gauche, donc il faut trouver une voiture dont l'aile gauche est abîmée !". Pourtant, il n'avait aucun moyen de savoir de quel côté venait la voiture... ni comment elle a percuté le gosse véritablement. Ridicule. Dix minutes plus tard, après nous avoir fait croire de manière peu convaincante que Charles est dans une impasse, sa voiture s'embourbe miraculeusement PILE là où le chauffard s'était enlisé le jour du drame. Comme par hasard, un type qui habite là vient l'aider et lui raconte tout dans les détails : le jour de l'accident (survenu des mois plus tôt), le nom de la femme passagère, la marque de la voiture... C'est bien pratique ! Un peu plus tard, Charles se lie d'amitié avec la fameuse complice, une actrice célèbre, avec une facilité déconcertante, et parvient à obtenir des détails précieux sur l'homme au volant. Oh, et puis qu'à cela ne tienne : il se fait inviter chez ledit chauffard en un tour de main. Non mais c'est quoi ce bordel ?
La suite du film est un peu plus amusante car Jean Yanne vient pimenter tout ça avec un personnage exécrable, mais l'ensemble est très forcé et manque d'imagination. Le dénouement est aussi déconcertant que le reste, avec une conclusion policière sans queue ni tête. Bref, Que la bête meure fut une petite perte de temps. Je ne comprends pas son statut actuel.
Kagemusha (Akira Kurosawa - 1980)
Ici, on n'est pas loin du véritable chef d'œuvre. Kagemusha, c'est l'histoire de la mort d'un chef de clan, Shingen. Conformément à ses volontés, il est décidé de dissimuler son décès pour des raisons stratégiques. Durant 3 ans, c'est donc un double ("kagemusha") qui prend sa place. Le clan Takeda trouve un sosie parfait pour assurer ce rôle. Malheureusement, celui-ci n'est qu'un vulgaire voleur, très éloigné de la prestance de Shingen. Ils vont devoir redoubler de ruse pour le rendre crédible aux yeux de tous.
Kagemusha est brillant sur plein d'aspects. Que ce soit sur l'ambiance visuelle, la gestion de l'espace, les cadres intelligents, le film de Kurosawa est une vraie merveille de réalisation. De même, les relations entre les personnages sont travaillées, avec une dimension psychologique pour le kagemusha, forcé de disparaître sous les traits d'un autre : on parcourt ses doutes et on se prend au jeu avec lui. Tatsuya Nakadai, l'acteur principal (dont la filmographie est dingue, par ailleurs), est magistral dans ce rôle. Pour ne rien gâcher, Kurosawa propose des plans en extérieur sublimes, je pense évidemment à cette scène grandiose sur la plage avec la grande bande arc-en-ciel, et les vagues qui frappent. Magnifique. J'ai également adoré la manière avec laquelle le kagemusha sera finalement trahi : pas par les hommes, qui auront tous été dupés, jusqu'à sa propre famille...
Le seul petit défaut de Kagemusha, c'est sa longueur, pas vraiment justifiée. Ces trois heures auraient été méritées si Kurosawa était parvenu à créer une lente progression dramatique du personnage principal. Le drame finit par arriver lors des dernières minutes, mais les 2h45 qui précèdent sont inutilement longues pour en arriver là. Par exemple, même si certaines batailles sont franchement réussies et bien orchestrées, j'ai trouvé la dernière absolument interminable. Ça ne m'empêche pas de vous conseiller ce grand film, dont le statut de culte est totalement mérité.
Zatoichi (Takeshi Kitano - 2003)
Je ne suis pas un fan inconditionnel du travail de Takeshi Kitano. C'est mon huitième film du bonhomme et j'apprécie davantage son personnage que ses histoires. Voir Kitano dans un film, avec sa stature solide et ses tics de visage, est toujours un immense plaisir. Lorsqu'il va sur le terrain de la poésie (A scene at the sea, chef d'œuvre, ou encore Sonatine et Hana-bi), je jubile. Mais lorsqu'il plonge dans ses univers yakuzesques, ça me passe clairement au-dessus.
Où se situe Zatoichi dans cette échelle ? Et bien nulle part. L'œuvre est une comédie d'action un peu à part dans la filmographie de Takeshi Kitano, puisque le réalisateur nous transporte à l'époque des samouraïs, en adaptant un personnage bien connu du cinéma asiatique : Zatoichi, un masseur aveugle qui manie le sabre comme personne. Je dis "bien connu", mais c'est uniquement pour me la péter, car je n'ai jamais vu un seul film de cette saga et j'ignore si la version de Kitano est fidèle aux précédentes. Pour ça, il faudrait demander à notre cher Zering, qui a probablement vu l'intégralité de la série (il en parle vaguement dans un ancien article).
J'ai beaucoup aimé Zatoichi, bien plus amusant que les films habituels de Kitano. Il contient toujours son lot de violence et de sang, comme dans presque tous les films de l'auteur, mais avec un léger côté parodique qui m'a fait sourire. J'ignore si les effets spéciaux complètement ratés sont volontaires (les sabres qui traversent les corps et les giclées de sang sont bien foirés !), mais ça ajoute un côté fun à l'ensemble. Niveau casting, Takeshi Kitano est parfait. Même s'il garde constamment les yeux fermés, ça ne change rien à son aura : le mec a une présence hallucinante.
Dernier point positif : la musique est très originale, parfois composée des sons qui apparaissent dans le récit. J'ai été agréablement surpris par ces idées, je pense notamment à une musique en début de film qui s'appuie sur des bruits de pioches. C'est génial. Malgré tout, Zatoichi me laisse avec un arrière-goût : celui de l'anecdotique. Le film est agréable à suivre, mais ne restera probablement pas dans mes mémoires comme un incontournable. Je vous le conseille quand même.
Avengers : Infinity War (Anthony et Joe Russo - 2018)
On va parler d'Avengers : Infinity War, même si la probabilité que cet article attire les fanboys soit assez forte. Mais je ne pouvais pas y échapper : je n'avais pas vu de film Marvel depuis quelques années et j'avais envie de retenter l'expérience, histoire de pouvoir cracher dessus pour de bonnes raisons. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : j'ai beaucoup aimé les Origin Stories, c'est-à-dire les tous premiers films de la franchise. Iron Man, Captain America, Avengers étaient très cool. J'ai même aimé le premier Thor, c'est pour dire ! J'y allais donc avec un a priori plutôt positif. Mais depuis que le MCU s'est transformé en vaste blague de potes, j'ai décroché. Je me sens à l'écart, ça ne me concerne pas.
Avengers: Infinity War est le parfait exemple de tout ce que je déteste dans cette saga. Le pitch est d'une bêtise abyssale : un gros méchant pas beau cherche à s'emparer de 6 pierres. Lorsqu'il les aura en sa possession, il sera capable d'anéantir 50% de la vie de l'univers en un claquement de doigts. La plupart des cailloux se baladent ici et là, mais les Avengers en possèdent deux. Et ces gros demeurés ne songent pas sérieusement à en détruire une, quitte à sacrifier l'un de leurs camarades. Strange aurait pu détruire la sienne sans perdre la vie... mais non. Il en "a besoin". Pire : ils emportent les pierres avec eux lors des combats contre Thanos, rendant alors celles-ci très accessibles pour l'antagoniste. Impossible pour Tony Stark de concevoir un coffre ultra-technologique pour planquer une pierre dans un endroit inaccessible ? Visiblement, de telles idées entraient en contradiction avec le scénario. A la place, la ribambelle de potes décide de se battre contre le vilain monsieur durant 2h30.
Entre ces combats totalement irréalistes, les super-héros passent leur temps à faire des blagues de collégiens à deux ronds. Certains les trouvent très cool, perso ça me donne envie de crever. On ajoute à ça des idées complètement crétines (Star-Lord qui gâche toute une opération parce qu'il est profondément débile) ou des chorégraphies ridicules (Strange qui danse pour former ses cercles lumineux, que c'est gênant !), on obtient Infinity War.
Quant au dénouement, parlons-en. La bataille est interminable, avec des stratégies qui frisent la misogynie : pendant que les mecs s'occupent de Thanos, on va laisser les trois femmes entre elles dans un coin pour s'occuper de la méchante secondaire. Scarlett, où est passé Lost in Translation ? Elizabeth, où est passé Martha Marcy May Marlene ? (oh merde, en écrivant ça, je vais m'attirer les foudres et me faire taxer de cinéphile puriste). Et pour la conclusion en elle-même, elle ne réserve strictement aucune surprise puisque les Avengers et leurs acolytes sont des incompétents durant l'intégralité du récit : ils passent leur temps à perdre lamentablement.
Je termine par la chose qui m'a le plus agacé : où sont passées les "vraies gens" ? Avengers: Infinity War se concentre sur les super-héros et les super-vilains, et il oublie complètement tout le reste. 50% de l'humanité disparaît, mais on ne nous montre que la mort de quelques super-héros. Quant à la population ? On s'en branle. Même pas un petit plan sur des gens normaux qui perdent des membres de leur famille sous leurs yeux. Rien à foutre. Car l'objectif n'est pas de créer une once d'émotion ou de réalisme, non : il est de suivre une bande de potes idiots qui se la jouent cool, pour finalement faire rager les spectateurs fans de Spiderman. Vous allez me dire : tu n'as pas vu la scène post-générique, crétin ? Si si, j'ai vu. En-dehors des justiciers, on voit effectivement deux personnes "lambda" se désintégrer. Sauf que c'est post-générique. Et qu'ils disparaissent hors champ ou en arrière-plan. Donc on s'en branle. D'ailleurs, la scène n'est là que pour nous montrer la mort de Nick Fury, comme un ultime coup de fan service.
Bref, Infinity War est une bouillie d'effets numériques indigestes et de dialogues stupides. Je ne comprends pas comment ça peut avoir un tel succès.