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Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

     C'est parti pour le visionnage des 20 films proposés par vos soins. Théoriquement, je suis censé les regarder dans l'ordre établi naturellement, mais le cas Arco m'a donné du fil à retordre. En effet, lorsque Jade m'a proposé de découvrir le film d'animation français réalisé par Ugo Bienvenu, elle n'avait peut-être pas songé que le film n'était pas encore sorti en VOD, et qu'il n'était presque plus diffusé dans les salles de cinéma en France.

     Heureusement (coup de chance !), l'un des cinémas de ma région l'a diffusé en projection unique hier soir... Comme c'était ma seule chance de le découvrir, j'ai sauté sur l'occasion et j'y suis allé avec mes filles, et voilà donc pourquoi Arco est le premier film à être critiqué parmi les 20.

     Ce fut une séance sublime.

 

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

    Arco, c'est une histoire imaginée par Ugo Bienvenu et Félix de Givry durant la pandémie : l'idée était de créer une œuvre teintée d'espoir pour les enfants et leur avenir, avec un imaginaire proche des films de Miyazaki qui ont bercé le réalisateur. Cet espoir est symbolisé ici par un arc-en-ciel, dont la traduction en espagnol (arcoiris) donne les noms des deux personnages principaux.

    Arco est un enfant de 10 ans qui vit en l'an 2932. Un jour, il tombe des cieux et voyage accidentellement dans le temps, en 2075. Il y rencontre alors Iris, une fille de 10 ans qui veut l'aider à rentrer chez lui. Celle-ci est élevée, avec son petit frère encore nourrisson, par un robot familial du nom de Mikki, car les parents sont absents à cause de leur travail chronophage.

 

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique
Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

     Arco est une vraie merveille made in France, le film remplit tous les critères pour plaire à la fois aux petits (mes enfants ont absolument adoré) et aux adultes. À la manière du Robot Sauvage de Chris Sanders (2024), on a affaire à un film intelligent qui jongle habilement avec les moments de joie, d'espoir, de tristesse. Les enfants y trouvent leur compte grâce à la magie, aux belles images, aux personnages émouvants ou drôles. Quant aux adultes, ils peuvent également profiter de tous ces aspects, en y ajoutant une couche de réflexion autour d'un monde qui part en flammes, dans un chaos technologique terrifiant. 

 

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

    Le film, en effet, nous propose deux futurs différents : 2075 et 2932. La quasi totalité de l'intrigue se passe en 2075 et on assiste à un monde décadent, où même les parents et les enseignants ont été remplacés par des intelligences artificielles (faisant moi-même partie de ces deux catégories, ça m'a particulièrement touché). Ce 2075 est sombre et triste, car on y ajoute une dimension pessimiste avec ces forêts ravagées par les incendies ou les violentes tempêtes, que les humains évitent en se réfugiant sous des dômes protecteurs. Le spectateur a sous les yeux les conséquences, 50 ans plus tard, de notre inaction écologique en 2025. 

    Mes filles ont été touchées par ces dangers, l'aînée s'est d'ailleurs caché les yeux plusieurs fois car elle refusait de regarder ce monde en flammes. Mais là où Arco est fort, c'est qu'il n'est pas totalement pessimiste : il garde un certain espoir sur l'avenir de l'humanité. L'an 2932, s'il n'est presque pas montré à l'écran, existe bel et bien, prouvant alors que l'humanité a su survivre et s'adapter à un environnement qu'elle a elle-même détruit. Ce peuple du futur vit au-dessus des nuages, car la surface terrestre est probablement devenue inhabitable. Malgré tout, ils semblent vivre paisiblement, à l'image du dessin réalisé par Iris en début de film : la petite fille est émerveillée et rêverait de vivre, elle aussi, dans les nuages. En plus de rendre hommage aux films Ghibli avec ces mondes aériens, Ugo Bienvenu caresse l'espoir d'un avenir pas si noir.

 

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

    Concernant les références à Ghibli, il faut également saluer la musique d'Arnaud Toulon qui s'inspire clairement des élans de poésie de Joe Hisaishi, compositeur attitré de Miyazaki. La bande originale d'Arco est d'une beauté époustouflante, elle met en valeur les grandes scènes de poésie et d'espoir, mais aussi les moments plus dramatiques. Car des pleurs, nous en avons eu aussi dans notre salle de cinéma. La scène de la grotte avec Mikki a clairement marqué mes enfants, qui ont pleuré comme rarement devant un film. Moi-même, j'ai senti poindre quelques larmes. Ce fut un moment aussi triste que traumatisant : mon aînée a eu besoin de 30 minutes après la séance avant de pouvoir prononcer plus de trois mots d'affilée. Je ne l'avais jamais vue pleurer à ce point dans une salle de cinéma auparavant.

 

Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique
Arco - d'Ugo Bienvenu - Critique

     Au milieu de tout ça, Arco trouve encore de la place pour l'humour, notamment par l'intermédiaire de trois personnages délirants qui m'ont fait éclater de rire à plusieurs reprises. J'ignore si l'idée vient d'Ugo Bienvenu ou de Félix de Givry, mais elle est géniale : le trio est à mourir de rire grâce à leurs chamailleries, leurs manières, leur côté à la fois stupide et candide. Le design de leurs lunettes arc-en-ciel est loufoque et contribue à en faire une jolie bande de gais lurons attendrissants. 

 

     Bref, Arco était sublime, poétique, drôle, poignant, engagé, intelligent, mémorable. Jade (qui m'a proposé cette découverte) ouvre donc ce concours de manière forte et solide. Merci beaucoup.

 

 

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J
Je suis ravie de voir que le film a plu à toute la famille ! Comme pour les Ghibli, j'apprécié ce film qui ose aborder des sujets engagés et laisse aux enfants la possibilité d'en saisir la gravité en fonction de leur âge. La beauté de la nature et l'attachement aux personnages m'ont profondément touchés, me faisant verser de grosses larmes de crocodiles !<br /> C'était le coup de coeur n°1 de 2025 pour moi.
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S
Et merci encore pour cette proposition !
E
Malgré quelques belles trouvailles visuelles - le dernier plan, par exemple, qui raconte la suite du parcours de la petite fille, est absolument magnifique -, j'avoue avoir été assez hermétique au film. Mais c'est vrai aussi que je n'ai jamais accroché aux films de Miyazaki, et qu'on est ici dans un univers poético-écolo qui rappelle forcément le réalisateur japonais. <br /> Je ne suis pas parvenu à être ému, les 3 personnages de couleur, que le film (je trouve) n'intègre jamais vraiment à l'histoire, m'ont plus agacé qu'amusé... <br /> Il faut tout de même saluer l'originalité du propos. C'est vraiment bien que le cinéma réussisse à sortir ce type de projets, qui ne singe pas les films d'animation US (ni même japonais).
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S
Effectivement, on peut au moins saluer l'audace pour un film français, ce n'est pas si fréquent d'avoir ça dans nos salles ! <br /> Quant à Miyazaki, il n'y en a pas un ou deux qui t'ont charmé ?