Le visionnage des films du concours va enfin pouvoir se dérouler. Après Arco, que j'avais dû voir exceptionnellement en salles, je reprends au début avec Paprika (2006), le premier film proposé par Dequas, que je remercie pour cette découverte.
Voilà un film que je voulais voir depuis longtemps, premièrement pour son affiche intrigante, mais surtout pour sa BO que je connaissais déjà plus ou moins : j'ai écouté The Girl in Byakkoya de Susumu Hirasawa durant des années, avant même de connaître l'existence de Paprika. Retrouver cette musique folle et décalée dans l'univers fou et décalé de cette adaptation de l'œuvre de Yasutaka Tsutsui fut donc un immense plaisir. Et ce, dès le lancement du menu du DVD que j'ai laissé tourner dix minutes en boucle comme fond sonore le temps que je me prépare un petit café. C'était trop cool.
Puis le film a démarré. On entre directement dans un monde original et futuriste qui a nécessairement inspiré des œuvres comme Inception. Certains éléments de Paprika sont extraordinaires, notamment l'étrange fanfare composée d'une ribambelle de meubles et d'objets défilant sur la musique de Susumu Hirasawa. Cette musique est un leitmotiv qui hante les personnages mais aussi le spectateur : c'est une parade bizarre, drôle mais mystérieuse, festive mais angoissante. Quelque chose que je retiendrai très longtemps.
Ces rêves insaisissables font clairement le charme de Paprika. On peut également citer le souvenir refoulé du commissaire, dans un décor que quasiment tout le monde a déjà arpenté dans ses cauchemars : un couloir infini dans lequel le personnage fait du surplace, incapable d'affronter ses démons. Ce sont des scènes mémorables, d'autant que la musique, par moments, est obsédante.
Tous ces points positifs font de Paprika un film qui va me marquer durablement. Ils sont tout de même contrebalancés par quelques petits défauts (mineurs) que je suis forcé de souligner. Premièrement – est-ce parce que je n'ai pas lu les romans de Tsutsui ? –, j'ai eu bien du mal à suivre l'intrigue. Paprika est déchaîné et onirique, et ce sont de belles qualités, mais je sens que beaucoup de choses m'ont échappé : la frontière entre rêve et réalité n'est jamais vraiment claire, et ce malgré la dualité Paprika / Chiba Atsuko qui était une très bonne idée pour se repérer. Ce n'est pas forcément un point faible (Mulholland Drive est un exemple de chef d'œuvre cryptique qui a assis sa réputation sur ce principe), mais le manque d'explications sur l'univers et ses règles m'a parfois gêné. Je ne doute pas qu'il s'agisse d'un film à revoir plusieurs fois pour en capter les subtilités.
Deuxièmement, j'ai trouvé que certains personnages (principaux notamment : Atsuko et Tokita) manquaient de profondeur. Je ne me suis jamais senti proche de la jeune docteure et j'ai parfois regardé les images de loin, comme si je n'étais pas vraiment impliqué dans l'histoire. J'aurais aimé comprendre d'où venait cet alter ego (Paprika), comment elle avait été créée. Le visuel de ce personnage est fascinant, certes, mais davantage que sa propre histoire. Ou alors, quelque chose m'a échappé à nouveau.
Bref, Paprika est original et passionnant (l'animation est magnifique et fluide, pourtant certaines séquences sont de sacrés foutoirs !). Il m'a manqué une petite accroche dans toute cette histoire, mais ça ne m'empêche pas d'avoir adoré ce visionnage et de ne pas regretter de posséder ce joli DVD dans ma collection. Merci encore à Dequas pour cette belle découverte !