Ce dimanche, l'envie de parler d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind était trop forte. Après la soirée des Césars qui s'est tenue jeudi – par ailleurs, on a eu droit à l'une des meilleures présentations de ces dernières années avec l'excellent Benjamin Lavernhe –, je suis entré dans une forme de "nostalgie Jim Carrey". Il est toujours difficile de digérer que l'un de mes acteurs préférés de tous les temps a cessé son activité au cinéma.
Et pour parler de nostalgie, quoi de mieux qu'Eternal Sunshine of the Spotless Mind, qui a toujours figuré dans mon top 15 et n'en sortira probablement jamais ? Quand on est soucieux, à chaque instant de sa vie, de tout faire pour ne laisser aucun souvenir s'échapper, ce drame signé Michel Gondry a des allures de film d'horreur.
Des répliques magnifiques, Eternal Sunshine of the Spotless Mind en possède une flopée. En vrac, on peut citer : "Pourquoi je tombe amoureux de toutes les femmes qui me prêtent un tout petit peu d’attention ?", ou encore "Moi aussi j’aurais aimé rester. Encore maintenant j’aurais aimé rester" ou tout simplement : "Rendez-vous à Montauk..."
Mais celle qui me fait le plus de mal est probablement la suivante, que je vous laisse redécouvrir dans sa scène complète. Le lien en VF est par ici si vous préférez cette version ; c'est d'ailleurs l'une des plus belles VF que le cinéma nous ait offertes. Emmanuel Curtil, Anneliese Fromont et Chloé Berthier sont des comédiens de doublage exceptionnels.
S'il-vous-plaît, laissez-moi garder ce souvenir. Juste celui-ci.
Cette séquence est un déchirement total pour quiconque accorde de l'importance à la nostalgie et aux souvenirs. Joel est ici perdu dans les méandres de son cerveau, regrettant un choix irréversible : l'effacement de tous les souvenirs qui le lient à la femme qu'il a aimée. Joel assiste à cette suppression en direct, témoin impuissant de ces jolis moments qui partent en fumée. Rarement un film aura autant réussi à mettre en scène cette mémoire qui s'échappe, qu'on aimerait garder intacte pour toujours mais qui s'use ou s'efface progressivement.
Ici, la séparation est brutale et terrifiante, d'autant que Michel Gondry utilise des images fortes avec des idées puissantes, comme cette vision de Clémentine qui glisse dans les ténèbres à 1:50, ou encore Joel qui se perd dans les draps à la recherche désespérée du souvenir qu'il souhaite conserver, à 1:06. La réplique "Please let me keep this memory, just this one" est belle et bouleversante à la fois, on ressent dans la voix de Jim Carrey toute la détresse de son personnage face au vide qui se resserre autour de lui ("Je veux qu'on arrête d'effacer ! Vous m'entendez ?"). Quel acteur grandiose.
On ajoute à ça une utilisation brillante de la musique, tantôt mélancolique et douce comme peut l'être Sheets de Puma Blue, tantôt dissonante et stressante. Juste après la réplique de Joel, on entend une version sombre de Everybody's Gotta Learn Sometimes, qui sonne comme un disque rayé, symbole de ces souvenirs qui se détraquent de manière terrifiante. L'idée fait penser à l'album Everywhere at the end of time de The Caretaker dont Feldup a parlé ici il y a quelques années. Lorsque les souvenirs s'effacent, la musique devient distordue et confuse.
Bref, cette réplique me détruit à chaque visionnage – ceci étant dit, je n'ai pas vu le film depuis au moins 15 ans. Il me manque énormément. Ce sera incontestablement l'un de mes revisionnages de 2026.