30 ans après les faits, Paul Greengrass met en scène les événements tragiques du Bloody Sunday, survenus en Irlande du Nord le dimanche 30 janvier 1972. Le film, qui m'a été conseillé par Ed, est aussi fort qu'immersif. 100 minutes pleines de tension, de réalisme, qui nous font basculer dans l'effroi.
Bloody Sunday se concentre sur cette unique journée, de ses préparatifs à son dénouement dramatique. A travers les yeux d'Ivan Cooper, militant qui devait mener une marche pacifiste et sans débordements, Paul Greengrass met en évidence le comportement impardonnable de soldats de l'armée britannique, qui ont ouvert le feu sur des civils innocents, sans sommation, et surtout de leur propre chef.
Greengrass adopte un point de vue documentaire : caméra au poing, le réalisateur nous plonge dans cette manifestation qui dégénère et on a l'impression de vivre des images d'archives. Le rendu est saisissant et spectaculaire, on sent la tension monter progressivement jusqu'au point de non-retour, où on assiste à l'horreur la plus pure devant nos yeux.
Le montage est brillant – les transitions à l'aide de fondus au noir imposent un rythme très intéressant – mais la mise en scène est clairement le point fort de Bloody Sunday. Ici, pas de jolis plans larges ni d'effets de style, ni même de photographie soignée : on a quasiment affaire à un film de guerre, avec le chaos et la brutalité que ça implique. Les images sont fortes, d'autant que Greengrass ne se gêne pas pour rejeter la faute sur les forces de l'ordre. On peut citer le général Ford, qui part d'office avec des intentions belliqueuses, ou tout simplement les soldats provocateurs, motivés par une haine des manifestants. Tout ceci n'est pas sans rappeler divers événements similaires, des bavures policières qui se sont produites dans le monde, et notamment en France (période des gilets jaunes, entre autres).
Le casting est efficace. En dehors des deux rôles principaux (campés par Tim Pigott-Smith et James Nesbitt, tous deux excellents dans des registres radicalement opposés), la plupart des comédiens sont des inconnus, et Paul Greengrass a même engagé des témoins et des familles de victimes du véritable Bloody Sunday. L'ensemble est poignant, sans que le cinéaste ne mette particulièrement l'accent sur l'émotion. C'est fort.
Bloody Sunday est donc un film coup de poing captivant, qui a fini par me paralyser durant son climax puissant et effroyable. Merci à Ed pour m'avoir incité à le voir !