On atteint bientôt la fin de ce concours et le choix s'annonce de plus en plus difficile à mesure que je découvre vos films. Sur 17 films, pour le moment, aucune déception, vous m'avez offert de la qualité. Ce n'est pas Hotel Rwanda qui fera exception : ce drame qui relate le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 est fort et mémorable. Merci à mathilde66 pour sa participation !
Hotel Rwanda raconte l'histoire vraie de Paul Rusesabagina, le directeur de l'Hôtel des 1000 Collines qui a servi de refuge à des centaines de Tutsis durant ces mois d'horreur. Les événements sont montrés du point de vue de Paul, interprété avec brio par Don Cheadle. Celui-ci aurait probablement gagné l'Oscar du meilleur acteur s'il était tombé sur une autre année, mais 2005 fut redoutable pour cette catégorie : Clint Eastwood pour Million Dollar Baby et Leonardo DiCaprio pour Aviator étaient également en compétition cette année-là, et ils n'ont pas non plus remporté la statuette. C'est dire le niveau.
Terry George est parvenu à représenter à l'écran l'extrême violence de ce génocide, bien qu'il n'aille parfois pas assez loin dans l'horreur. Quand on sait à quelle vitesse le peuple des Tutsis a été exterminé (800 000 morts en moins de 4 mois), on ne peut qu'imaginer le niveau de barbarie des arrestations et des exécutions. Même si Hotel Rwanda contient des scènes très fortes et choquantes, je l'ai trouvé un peu trop édulcoré pour rendre justice à toutes ces victimes. La réalisation, assez académique, manque un peu d'idées. De même, le dénouement ressemble étrangement à une happy end et m'a paru de trop, même si conclure le film sur une note d'espoir est tout de même compréhensible.
Néanmoins, tout ceci n'entache en rien le propos du film, qui reste dur et difficile à de nombreux moments. La cruauté des Interahamwe lors des massacres, en effet, est effroyable. Cette horreur se lit sur les visages des personnages, notamment Paul et sa famille, qu'on suit durant deux heures dans cet enfer sans issue. L'émotion est souvent au rendez-vous, surtout lorsque la musique d'Andrea Guerra vient appuyer là où ça fait mal. Je retiendrai longtemps la musique Children Found, merveilleuse, qui apparaîtra de façon certaine dans mon top des musiques 2026.
Le film bénéficie aussi d'un casting 5 étoiles pour incarner ces fortes personnalités. Don Cheadle et Sophie Okonedo sont excellents en tête d'affiche, mais d'autres comédiens bien connus passent une tête discrète pour les soutenir. Nick Nolte, par exemple, est parfait en colonel blanc allié des Tutsis. Il est également surprenant de voir des visages comme Jean Reno, David O'Hara ou encore Joaquin Phoenix, en arrière-plan. Et oui, j'avais oublié qu'à une époque, Phoenix était principalement un acteur de seconds rôles.
Son personnage de journaliste est malheureusement très vite expédié, mais c'est parfaitement cohérent avec cette volonté de montrer que l'Occident a totalement abandonné le Rwanda face à cette tuerie. Car c'est l'un des propos les plus violents d'Hotel Rwanda : l'absence de réaction de la part des USA, de la France, de la Belgique... Les Tutsis ont été massacrés et les blancs les ont ignorés, purement et simplement. Entre déni, peur d'intervenir, calculs politiques, les grandes puissances internationales ont réagi avec une scandaleuse passivité. Les mots de Joaquin Phoenix lors de sa dernière apparition expriment à merveille ce sentiment : "Jesus Christ I'm so ashamed" / "Mon dieu, j'ai tellement honte".
Merci encore à mathilde66 pour m'avoir poussé à voir Hotel Rwanda, que j'avais toujours soigneusement évité par crainte d'un académisme plombant. Ce n'est pas le cas : le film est certes attendu dans sa construction (on a droit au couplet de la famille que rien ne pourra séparer), mais il est surtout passionnant et efficace dans ce qu'il souhaite montrer et raconter.