Ce drame de science-fiction intimiste sorti en 2011 n'a rien perdu de sa subtilité. Another Earth, c'est l'histoire d'une ado de 17 ans qui cause un accident de voiture et la mort d'une mère et d'un enfant. Quatre ans plus tard, rongée par la culpabilité, elle décide d'entrer en contact avec le père endeuillé, qui ne connait pas l'identité de la coupable... Une pépite méconnue au budget ridicule.
Another Earth, en effet, du haut de ses $100.000 de budget, est une petite merveille signée de l'un des auteurs les plus rares mais les plus fascinants : Mike Cahill. Le réalisateur se charge également du scénario, du montage et de la photographie.
Le film possède des visuels époustouflants qui rappellent d'ailleurs le Melancholia de Lars von Trier, sorti deux mois plus tôt en 2011. Certaines idées sont les mêmes : une étrange planète se rapproche de la Terre et l'humanité cherche à comprendre le sens de cette apparition céleste. Les deux films partagent également une volonté de sonder la psychologie humaine, avec des histoires sombres voire déprimantes.
Si certains aspects du scénario peuvent sembler étranges au premier abord (comme l'improbable évolution de la relation entre les deux personnages), ils prennent finalement tout leur sens au fur et à mesure qu'on explore les blessures et remords des deux personnages. L'authenticité des scènes vient notamment d'un désir d'improvisation de Mike Cahill concernant les dialogues, qui a fait tourner ses comédiens entre 8 et 10 heures par jour. Brit Marling et William Mapother sont émouvants dans leurs rôles respectifs et parviennent à créer une belle alchimie.
Côté scénario, cette deuxième Terre est une jolie métaphore de la deuxième chance, mais aussi de la confrontation avec soi-même : d'un côté, John saisit cette opportunité d'affronter son passé, tandis que Rhoda va finir par s'affronter elle-même. Pour parvenir à cette conclusion, le film est parcouru de scènes saisissantes pour leur émotion ou leur intimité. La scène du cosmonaute russe avec le monologue de Brit Marling m'est restée en tête durant toutes ces années, et j'ai adoré redécouvrir le passage de la scie musicale, véritable moment suspendu.
Another Earth est donc aussi beau que dans mes souvenirs : pas de surenchère d'effets, une caméra à l'épaule pour les moments durs, mais qui sait également se poser pour offrir des instants de pure contemplation. Un drame bien mené, à découvrir.