C'est avec tristesse que je dois me séparer d'Enter the void dans mon top 100. Le film de Gaspar Noé, qui a figuré pendant plus d'une décennie parmi mes 10 chouchous, a été revisionné hier soir... et réévalué.
Je ne peux décrire ma déception lorsque j'ai lancé le DVD d'Enter the Void à 1h du matin, prêt à revivre l'expérience sensorielle hallucinante vécue en 2010. Quelques heures plus tard, j'ai dû l'admettre : l'effet n'est pas le même à 20 ans qu'à bientôt 40.
Alors certes, je continuerai de louer les qualités cinématographiques d'Enter the Void. Ça reste un putain de film, unique en son genre. L'idée de faire vivre au spectateur la mort d'un personnage à la première personne dans un immense bad trip poétique, épileptique et cauchemardesque de 2h30, c'est du génie. En ceci, Gaspar Noé a toute mon admiration, Enter the Void est fou, formellement magnifique, il casse les codes et nous en envoie plein la gueule. Le souci ne se trouve pas là.
Le souci, c'est que Gaspar Noé, comme souvent dans son cinéma, se sent obligé de mettre l'inceste au cœur du film, et qu'il traite ce thème sous un regard pervers. J'ignore comment j'avais pu passer totalement à côté de ça en 2010, mais hier soir, je n'ai vu que ça. Plutôt que de faire cauchemarder réellement Oskar, avec ses phobies et ses peines, le réalisateur choisit de nous montrer du cul, en veux-tu en voilà, avec un regard glauque sur le sujet. Je sais que le cinéma de Noé est provocateur, et qu'il faut s'y préparer avant de voir l'un de ses films. Mais, pour une fois qu'il avait l'occasion de créer un trip de cinéma ultime, il n'a pas pu s'empêcher de nous ramener vers des images qui gâchent l'expérience. Certes, faire du cinéma, c'est aussi savoir choquer. Mais peut-être que ce goût pour la provocation n'est plus de mon âge.
Le personnage principal est un dégueulasse qui n'hésite pas à faire tomber ses amis dans la drogue de son vivant, puis à reluquer sa sœur sous toutes les coutures depuis l'au-delà, jusqu'à la voir s'adonner à divers plaisirs sexuels. Et là, même si je comprends l'idée du traumatisme d'enfance, ça ne passe pas. Quand le cinéaste fait un parallèle entre une relation sexuelle et une mère qui allaite, ça ne passe pas. Lorsque le personnage se réincarne dans le ventre de sa sœur afin de pouvoir lui téter le sein, ça ne passe pas. C'est juste abject, sans vraie raison.
Je n'en dirai pas plus, car le cœur du problème est là. À 22 ans, j'étais hypnotisé et fasciné par une façon de filmer unique, que je n'avais jamais vue ailleurs. Emballé par la nouveauté et par la créativité du film, je me suis focalisé sur les thématiques de l'après-mort en occultant (volontairement ?) le côté incestuel et voyeur de l'ensemble. Aujourd'hui, malheureusement, j'ai plus de difficultés à l'avaler...
J'ai très peur du jour où je déciderai de revoir Irréversible.