Wow. Wow WOW. Je viens de sortir des 2h40 du dernier film de Gaspar Noé, Enter the Void, et je suis sous un énorme choc ! Quelle putain de tuerie que ce film, un pur délire épileptico-réaliste de 155 minutes, une expérience cinématographique comme on n'en a jamais vu avant. Nom de dieu je ne vous dis pas dans quel état je suis, ce film est une bombe. C'est bien simple : il réunit exactement tout ce que je voulais voir au cinéma depuis un moment, à savoir une reconstitution exacte de ce qui se passe éventuellement après la mort, du point de vue de la théorie de la projection astrale. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vais expliquer ça plus en détails dans la suite de l'article, car c'est un sujet extrêmement passionnant, intrigant et presque effrayant qui m'intéresse depuis un an ou deux. Un film qui mélange délire et bizarrerie, ne serait-ce que part l'étrange façon de filmer et par le sujet abordé, au coeur d'un Tokyo rongé par la drogue, la violence et le sexe.

Selon les practiciens de ce phénomène paranormal, il existe diverses techniques pour effectuer un voyage astral. Soit par la méditation (lorsque notre corps est dans un intense état de relaxation), soit par l'intermédiaire d'un rêve lucide pendant un profond sommeil, soit sous l'emprise de drogues, ou enfin : à l'approche de la mort, ou en cas de mort imminente. "Les expériences de sortie du corps (ESC) véridiques ne se limitent pas aux situations de mort imminente et aux cas de mort clinique. Elles peuvent aussi survenir durant la pratique spirituelle ou au cours de séances de psychothérapies expérientielles puissantes telles que la thérapie primale, le rebirth ou la respiration holotropique". Il se trouve qu'il existe donc différentes techniques qui permettraient à un individu de provoquer ce phénomène volontairement.
Premièrement, le film débute par un générique comme on n'en a jamais vu. Totalement psychédélique, qui clignote de partout avec une bonne musique violente qui annonce directement la couleur : ce film n'est pas comme les autres, épileptiques s'abstenir. Puis, pendant la première demie-heure, on voit un court moment de la vie d'Oscar à la première personne, et autant dire que c'est dément. Les scènes sont sublimes, du début à la fin du film, et on en prend la vue. Ca va des clignements des yeux à une scène de trip hallucinatoire complètement dingue, jusqu'au moment où notre ami se fait dézinguer dans les chiottes du bar et meurt. Son esprit se met alors à flotter au-dessus de lui, et c'est là que commence le trip de 2 heures. Je n'ai jamais vu une telle chose, ce film est un OVNI du cinéma totalement déjanté, réaliste et parfois émouvant. Une expérience unique qui nous fait jubiler. Je n'ai pas arrêté de me dire pendant tout le film "putain, que c'est bon ce truc ! Je ne sais pas ce que c'est mais c'est jouissif".
Pour ce qui est de la compréhension du film, elle se fait très bien : il suffit d'écouter attentivement les paroles d'Alex au début du film lorsqu'il descend les escaliers et résume à Oscar la vie après la mort selon le Livre des Morts tibétain. C'est cette seule explication qui va nous permettre de comprendre les étapes exactes du dernier délire d'Oscar, de savoir ce qui se passe et où on en est. Et franchement, on se repère très bien. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas tout révéler (c'est réservé à ceux qui l'ont vu, plus bas) mais c'est puissant et complètement à l'image de la bande-annonce. Un bruit de fond omniprésent, des mouvements de caméra totalement hors norme et qui doivent faire rougir David Fincher avec son Panic Room. J'avais adoré les mouvements de caméra au début de Panic Room, mais là ce n'est rien du tout comparé à ce film qui est exclusivement tourné comme ça et ne joue pas dans la même cour. Non seulement c'est surprenant et inattendu, mais en plus c'est complètement conforme à l'idée que je me faisais d'un voyage astral. D'avoir retranscrit toutes ces sensations sur un écran, c'est un exploit incroyable (je n'ai jamais vécu de sortie astrale mais j'ai l'impression que les images de ce film sont très proches de la "réalité").
On passe donc au 1). Oscar meurt et son esprit flotte au-dessus de lui, comme lors d'un voyage astral. Il voit brièvement ses proches et l'ambulance, puis passe à l'étape 2), qui dure 50 minutes environ. Pendant tout ce temps, notre gars revoit sa vie, son enfance, l'accident de ses parents (assez surprenant, en passant), et on a droit à plusieurs scènes vraiment très belles entre Oscar et sa soeur Linda, toute une complicité et tout un amour fraternel assez important. On en apprend plus sur les raisons de sa mort, puisqu'on comprend que Oscar a couché avec la mère du fameux Victor, et que c'est pour cette raison que ce dernier a organisé une embuscade en appelant la police. Certaines scènes sont alors revues sous un second point de vue, ce qui est toujours intéressant. On en arrive donc au 3), qui dure pendant quasiment tout le reste du film. Oscar revoit ses proches, comment ils réagissent à sa mort, notamment sa soeur Linda et son ami Alex, bouleversés. Il ne peut rien faire pour eux, il ne peut pas leur indiquer sa présence et est condamné à les observer simplement d'en haut, incapable d'intéragir avec cette réalité qu'il a subitement quitté. On a droit à plusieurs scènes très émouvantes voire déchirantes, notamment lorsque Victor intervient. Avec un énorme sentiment de culpabilité qui le détruit, il tente en effet d'aller s'excuser auprès de Linda qui l'envoie bien évidemment chier, gueulant de toutes ses forces. J'ai trouvé l'actrice particulièrement crédible et poignante à ce moment, tandis que le pauvre Victor nous fait pitié. L'étape 4) se fait en plusieurs fois. A de nombreuses reprises, l'esprit d'Oscar est soudainement attiré par une lumière forte (un néon, une lampe) et se met à voir des couleurs (qui font mal au yeux). Et à chaque fois, il refuse de suivre cette lumière, décidant de rester dans son monde afin de veiller sur sa soeur, car il lui a toujours fait la promesse de rester avec elle, même lorsqu'il mourrait. Il revoit Alex, qui lui conseille d'aller retrouver ses cendres (sous entendu : pour partir). C'est ainsi qu'il réalise l'étape 5), car il retrouve ses cendres mais décide donc de ne pas suivre la lumière qui lui apparait. L'étape 6) conclut alors le film. Oscar revit une fois de plus l'accident de ses parents, la détresse de sa petite soeur qui crie dans la voiture (scène assez choquante il faut l'avouer), et devient presque fou. Il imagine son réveil à la morgue, sa soeur qui se met à le détester et l'insulter, refusant obstinément qu'il la touche, il la voit totalement paniquée, qui ne souhaite qu'une seule chose : mourir. Tout ce qu'Oscar redoute le plus, tout ce dont il a le plus peur, il le voit et le vit sans pouvoir rien faire. Heureusement, il reprend vite ses "esprits" et décide enfin de se réincarner. C'est bien là le seul moment où j'ai trouvé le film un peu trop exagéré et explicite. Un gros plan sur le gland d'Alex à l'intérieur de Linda, c'est trop pour moi et j'ai trouvé ça extrêmement moche et inutile, tout comme la multitude de scènes sexuelles qui précèdent ce passage. De même que toutes les images du spermatozoïde et de la naissance, qui sont pour moi trop poussives. Le film aurait, à mon goût, dû se terminer sur Linda chuchotant "Viens ! Viens en moi !", point barre. Mais bon, ce n'est pas dramatique. Ce qui est fort avec ce film, c'est que beaucoup de détails sont implicites, le réalisateur ne prend jamais le spectateur pour un idiot, et ça fait plaisir à voir.Pour + de Gaspar Noé :
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