Ça fait plus de 17 ans que Patrick Swayze est décédé et je me souviens encore exactement de ce que j'ai ressenti à l'annonce de cette tragique nouvelle. Il fait partie des rares célébrités, avec Robin Williams, pour lesquelles j'ai versé une larme. Parce que Swayze, c'était autre chose qu'une star, autre chose qu'un acteur : c'était une gueule de cinéma qui m'a marqué dans ma jeunesse avec ce rôle de fantôme. Quand je pense à lui, il me vient évidemment la figure de surfeur de Point Break. Mais juste avant, c'est l'image d'une chemise couleur framboise écrasée qui traverse mon esprit.
Aujourd'hui, j'ai montré Ghost à mes filles pour la première fois. Elles ont adoré, mais il s'est passé quelque chose que je n'avais pas du tout prévu.
Avant d'en parler plus en détails, j'aimerais revenir sur ce film et ce qu'il représente pour moi. J'ai découvert Ghost à l'adolescence (donc plus tard que mes filles de 7 et 10 ans), mais j'ai souvenir de le revoir régulièrement, notamment pour rire des extravagances de Whoopi Goldberg qui reste à ce jour l'une de mes actrices chouchoutes rien que pour ce rôle. Il est merveilleux de découvrir Ghost durant l'enfance, car il mélange plusieurs genres auxquels les enfants ne sont pas forcément habitués sous cette forme : le thriller, la romance, le drame.
Les dialogues ont tout de même quelques vulgarités, notamment lorsque Sam s'énerve ou que Carl a peur pour son stratagème ("merde", "putain", "salaud", "connard", "salope"). Cependant, la VF est absolument exceptionnelle, que ce soit évidemment Richard Darbois pour Swayze comme Maïk Darah pour Whoopi Goldberg. Et bizarrement, les gros mots passent crème, parce que l'ensemble est un enrobage de comédie noire extrêmement savoureuse et ludique à suivre. L'histoire est dramatique, certes : on parle d'assassinat, d'un couple séparé par la mort, de deuil. Mais elle n'oublie pas de nous amuser car les personnages ont leurs personnalités propres, et qu'on s'y attache très vite.
Pour moi, Ghost est un chef d'œuvre. Et c'est d'autant plus étonnant que Jerry Zucker a accouché de ce film après avoir réalisé des parodies absurdes et décalées telles que Y a-t-il un pilote dans l'avion. Sortir des ZAZ pour délivrer un drame romantique surnaturel, c'était sacrément inattendu. Grâce à ce talent pour la comédie, néanmoins, Ghost est un objet unique en son genre qui continuera de me faire à la fois rire et pleurer durant le reste de ma vie. Des répliques comme "Excusez-moi, pourrais-je avoir un autre chèque ? Je n'ai pas signé l'bon nom !" ou encore "Jeeeee suis Henri le huitièèèèème, j'ai épousé la veuve d'à côtéééééé" font partie de mes références absolues.
Je ne vais pas m'étendre sur l'aspect comique de Ghost, car j'y ai déjà consacré un article ici. Mes filles ont également beaucoup ri avec moi, mais je m'attendais aussi à ce qu'elles pleurent. Et c'est là que fut ma plus grande surprise : alors que j'ai quitté le film avec des larmes prêtes à couler, elles m'ont dit que de leur côté, ça allait très bien.
La raison est simple : l'enjeu du film, pour elles, n'était pas le deuil ni la mort. Tout ce qu'elles attendaient, c'était que Molly finisse par croire Oda Mae, et accepte que Sam était encore présent à ses côtés. Ce qui les a énervé, ce n'était pas tant la méchanceté de Carl et de Willy Lopez, mais c'était de voir Molly flancher et perdre espoir. Et ça, je ne l'avais pas anticipé. Lorsqu'est venue la fin du film et que Molly fut enfin capable d'entendre l'amour de sa vie lui dire qu'il l'aime, et le voir dans la lumière pour l'embrasser une dernière fois, mes filles ont trouvé ça positif. Enfin, Molly croyait à cette histoire de fantôme, et enfin ils ont pu se quitter proprement.
De mon côté, le fantôme du train (remarquablement joué par Vincent Schiavelli) était effrayant, voire traumatisant. En le voyant sauter d'une rame à une autre pour hanter les wagons, quelques frissons m'ont encore traversé. Pour mes filles, ce fantôme pâle était plutôt une solution au problème de Sam.
J'ai donc été surpris de ces émotions divergentes, mais c'était très intéressant. Peut-être est-ce parce que j'ai été personnellement bouleversé par la mort de Patrick Swayze en 2009 et que je suis désormais incapable de le voir partir dans la lumière sans crouler sous les larmes, je n'en sais rien. Mais toujours est-il que je n'avais jamais interprété Ghost sous l'angle du happy end.
Dans tous les cas, on tombera tous d'accord pour dire que cette fin est merveilleuse et qu'elle n'aurait pas pu être plus parfaite. Je suis ravi d'avoir montré Ghost à mes enfants et je vous encourage à le faire également. Un film qui reste constamment quelque part dans ma mémoire émotionnelle, tout comme la triste disparition de Patrick Swayze.
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