Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Voilà un des plus jolis titres que nous ait donné le cinéma. Heureusement, pour une fois, la France a eu la délicatesse de ne pas traduire ce titre afin de ne pas obtenir une horrible traduction comme l'ont fait les québécois ("Du soleil plein la tête"). Quoiqu'il en soit, ce film de Michel Gondry (sorti en 2004) est une beauté scénaristique, pleine d'orinisme et de rêve, et qui prend également le luxe de s'offrir un casting de choix avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst et Elijah Wood. Joel Barrish vit une histoire d'amour de plus en plus routinière avec Clémentine. Quand il apprend que celle-ci l'a totalement effacé de sa mémoire grâce à un procédé tout nouveau, il décide de faire de même. Mais il se rend vite compte qu'il ne veut pas perdre ces souvenirs...

Après une ellipse de deux ou trois ans, on retrouve notre couple en pleine crise. La jalousie de Joel énerve Clémentine, qui se sent obligée de lui rendre des comptes sur ses sorties, tandis que celui-ci n'arrive pas à comprendre qu'elle puisse s'amuser sans lui et rentrer à des heures tardives. Sa possessivité et sa tendance à souffrir en imaginant les pires scénarii possibles force Clémentine à partir, même s'il est vrai que Joel est gentil, romantique et attentionné. Cette histoire est bouclée assez vite, puisque c'est toute la suite du film qui bouchera les trous de cette ellipse de manière subtile et intelligente. Ce film a l'audace de montrer que les jolies histoires d'amour romantiques ne sont pas toujours toutes roses ni éternelles, loin de là. Ce qui donne un réalisme assez fort à ce début de film. De plus, le film implique une certaine moralité concernant la stupidité des jeunes couples extrêmement jaloux qui ne peuvent même pas sortir sans provoquer une dispute (ça n'a rien à voir avec le film mais je suis tombé récemment sur cette capture d'écran qui m'a assez halluciné).
Le film utilise un procédé assez sympathique. En effet, pendant que les deux employés de la société s'affairent à rechercher tous les souvenirs de Clémentine dans l'esprit de Joel (non sans foutre la pagaille dans son appartement), celui-ci revit chacun de ces moments à la manière d'un rêve qui s'effondre. Ainsi, il vit chacun de ses souvenirs, qui s'effacent et se détruisent petit à petit, jusqu'à les faire disparaître tous. Lorsqu'il se rend compte que Clémentine va définitivement sortir de sa vie, il prend conscience qu'il l'aime encore et qu'il veut retourner en arrière. S'ensuit alors une lutte, où Joel tente par tous les moyens de cacher Clémentine dans les recoins de son subconscient afin qu'elle échappe à la sonde destructrice. Mais c'est sans compter sur la tenacité des deux hommes ainsi que sur l'incompréhension totale de Clémentine qui ne comprend pas pourquoi il tente de s'enfuir avec elle. J'aime vraiment beaucoup la manière dont le sujet de la mémoire a été traité. De nombreuses scènes totalement dingues s'enchaînent, et on est totalement à fond avec Joel, vivant avec lui le calvaire auquel il tente d'échapper. Plusieurs scènes sont vraiment mémorables, car elles présentent des situations complètement absurdes et improbables, nos deux personnages prenant un bain dans un évier, ou encore se retrouvant dans un lit au beau milieu d'une plage. Le principe de destruction des souvenirs est élégant (une voiture tombant de nulle part), on voit parfaitement bien les rêves se dissiper et disparaître à tout jamais.
Mais ce film ne se résume pas à ça, et c'est fort. Il dispose de plusieurs trames secondaires qui sont tout aussi palpitantes et qui montrent que les scénaristes ont vraiment bien réfléchi avant de nous pondre ce film. Il est beau de voir que l'idée de départ à été travaillée au point d'en exploiter toutes les conséquences, et qu'ils ne se sont pas cantonnés à la simple trame principale du film. On découvre alors que les personnages secondaires sont en fait beaucoup plus importants qu'on ne l'imaginait. Ce qui est particulièrement malin, puisque ça nous permet en plus de ne pas les oublier, et surtout de n'éprouver aucun ennui tout au long du film. Ainsi, à un moment donné, Joel se retrouve dans un état plus ou moins éveillé et se rend compte que l'un des deux employés de Lacuna, Patrick, se sert de lui pour plaire à Clémentine. En effet, on apprend que Patrick, en effaçant la mémoire de la jeune femme, est tombé amoureux d'elle. Suite à ça, il s'est donc accaparé les souvenirs de Joel et de Clémentine et les a étudiés afin de lui plaire (on apprend alors que c'est lui qui sort avec Clémentine lorsque Joel va la voir sur son lieu de travail). Réutilisant les mêmes phrases, le même romantisme, et l'emmenant aux mêmes endroits que Joel, il espère ainsi reproduire la rencontre entre Joel et Clémentine, et ainsi la faire tomber amoureuse de lui. Ce qui ne marche pas, puisque Clémentine réagit très bizarrement. On assiste alors à un autre thème parfaitement bien traité : celui des déjà-vus. Clémentine, sans avoir le moindre souvenir de Joel, est sujette à de nombreux déjà-vus qui la gênent et lui font comprendre malgré elle que Patrick n'est pas sincère et que ses paroles sont louches. Voilà donc un côté de ce film qui a été parfaitement réalisé, tout en incluant un sous-thème aussi intéressant que le premier ainsi qu'une autre question d'éthique. Ici, Elijah Wood est vraiment étonnant et crédible, dans la peau d'un homme amoureux mais terriblement malhonnête.
La deuxième trame secondaire met en scène Kirsten Dunst. On apprend à la fin du film que le docteur Mierzwiak (dirigeant de la société Lacuna), a eu par le passé une relation extra-conjugale avec sa secrétaire Mary. Suite à ceci, sa femme a pris connaissance de cette aventure et ils ont décidé tous les trois de supprimer ceci de la mémoire de Mary, afin de terminer cette relation sans souffrance. Ce phénomène implique encore un événement imprévu, puisque Mary s'éprend de son patron de façon incontrôlable, attirance qu'elle n'arrive pas à s'expliquer. Lorsqu'elle apprend l'origine de ses sentiments, la tristesse la submerge et elle décide de faire couler l'entreprise Lacuna en les volant et en envoyant à tous les clients leurs dossiers respectifs, qui contiennent évidemment l'essentiel de leur vie effacée. Kirsten Dunst est vraiment touchante dans l'une de ses dernières scènes, lorsqu'elle apprend qu'elle a subi un effacement de mémoire de la part de la société et qu'elle est uniquement tombée amoureuse de son patron par inadvertance. Une excellente actrice bourrée de talent qui n'a pas fini de faire parler d'elle.