Ca faisait longtemps que je voulais parler de ce film qui est pour moi un film parfait en tous points, certainement dans mon top 10 (j'en avais déjà touché un mot ici). J'ai attendu de le revoir une énième fois pour pouvoir en parler correctement, c'est donc fait ! Je ne connais pas beaucoup Edward Zwick (j'ai juste vu un bout de Légendes d'Automne qui ressemble beaucoup au Dernier Samouraï pour les décors, et Blood Diamond que j'ai beaucoup aimé), mais force est de constater que ce petit bijou sorti en 2003 est un chef d'oeuvre.
Ce qui a également joué en défaveur du film - et ce pourquoi beaucoup ne l'ont pas aimé - est l'ambiguïté de son
affiche (pas celle ci-contre, je parle de l'affiche officielle). Avant même de voir Le Dernier Samouraï, on a le sentiment que le titre
désigne le personnage principal, celui de Tom Cruise. Or, ce n'est évidemment pas du tout le cas. On se doute pourtant que lorsqu'un
réalisateur crée un film aussi profond et touchant sur les samouraïs, il ne va pas choisir un acteur américain pour jouer l'un d'entre eux. Non, non et non : Tom Cruise n'est pas Le Dernier Samouraï, et trop peu de gens l'ont encore compris. Même si le personnage Nathan Algren va, petit à petit, apprendre les
coutumes de ses hôtes et les apprécier, jusqu'à combattre à leurs côtés, il n'a jamais été question de lui donner le titre de Samouraï, ce qui serait absurde. Car le vrai héros du film, le
véritable Dernier Samouraï, est bien évidemment Katsumoto, joué par l'illustre Ken Watanabe. Il est clairement le personnage central du film,
celui qui apprend tout à Nathan, qui lui transmet sa sagesse, qui le sauve d'un monde dans lequel il n'était pas bien. Lui également qui commande la communauté samouraï, mais peut-on parler d'un
commandant ? Il est un homme, vivant en toute simplicité avec les siens, participant gaiment au spectacle de son petit village. Certes, il a des responsabilités politiques, mais il n'a pas de
grade à proprement parler au sein de son clan. Dans son village, chaque homme est l'égal d'un autre, même celui qui était au départ son pur ennemi. La relation liant Nathan Algren et Katsumoto
est touchante, magnifique. Ennemis au début, ils apprennent à se connaître et à effacer leurs préjugés pour devenir de plus en plus proches. La mentalité de Katsumoto est tout simplement sublime,
faisant preuve de compassion, de compréhension et d'attention à l'égard de son détenu qui n'en est pas un. Petit à petit, une amitié va naître entre les deux hommes qui finiront côte à côte sur
le champ de bataille, comme des frères. C'est d'ailleurs ce même américain qui va l'aider pendant les toutes dernières secondes de sa vie. Chacun sert l'autre : Nathan aide Katsumoto à mourir
avec son honneur, tandis qu'il vient de regagner le sien grâce à lui. Cette bataille finale, engendrant la mort de Katsumoto, est une pure merveille d'émotion et d'intensité, avec la musique
magnifique de Hans Zimmer, certainement l'un des meilleurs compositeurs de notre temps. Outre la mort poignante de Katsumoto (l'acteur
Ken Watanabe étant ici émouvant au possible, comprenant à la toute dernière seconde de sa vie qu'il est stupide de passer sa vie à rechercher
la fleur parfaite, car "elles sont toutes parfaites"), la bataille est une beauté car elle met en exergue l'incroyable force de la modernité contre les techniques ancestrales. Le combat final
n'en est presque pas un, car face à toutes ces armes à feu il est clair que les samouraïs n'avaient aucune chance. Cependant, l'attaque finale est de toute beauté et symboliquement sublime.
L'extermination des samouraïs à la mitrailleuse est terrible et cruelle, et la musique est ici dosée à la perfection (absence de musique lorsque les tirs débutent, puis celle-ci apparaît
doucement jusqu'à cacher les bruits de tir, nous offrant une scène au ralenti des plus sublimes). D'ailleurs, un avant-goût de cet affrontement nous est donné quelques dizaines de minutes
auparavant, lorsque le fils de Katsumoto meurt sur le pont de bois. Seul avec son sabre face à des militaires et des armes à feu, il n'a aucune chance mais se bat jusqu'au bout. La fin du film
sera un reflet de cette scène à plus grande échelle.
Bref, pour y revenir, il est beaucoup question d'honneur dans ce film, où on parle clairement de
bushido, le code d'honneur qui est habituellement enseigné avec les arts martiaux. Comme j'ai fait du karaté pendant 12 ans et que cette mentalité
occupe toujours mon esprit, je ne peux pas rester insensible à ce film qui sublime cette façon de penser à la perfection. Nathan Algren s'émerveille, bien sûr, devant un tel mode de pensée et ne
peut qu'admirer la beauté de cet univers, reculé certes, mais tellement plus intelligent. Je disais que sa relation avec Katsumoto était passionnante et touchante, mais il n'y a pas que ça.
Nathan interagit avec toute la communauté, il y est même propulsé dès le début en étant accueilli par la femme du guerrier qu'il vient de tuer. Il a beau être au beau milieu d'étrangers qui ne
l'aiment pas, il est confronté à eux et sait qu'il n'est pas le bienvenu. Mais c'est sans compter sur l'attitude magnifique et respectueuse de ces habitants qui parviennent à passer outre, et
finissent même par lui pardonner d'avoir été leur ennemi. Cependant, regagner ainsi le respect de tous ne se fait pas en claquant des doigts, il lui faut faire de nombreux efforts, notamment
pour s'intégrer. Le fait de respecter et d'apprendre les coutumes de ses hôtes va lui permettre de gagner son honneur ainsi que la sympathie de tous.
Nathan aura quelques difficultés avec Ujio au début, joué par Hiroyuki
Shimosawa. Leur relation évolue doucement, devenant de plus en plus amicale. Au départ, il se battent sous la pluie avec des sabres de bois. Cette scène est des plus magnifiques,
accompagnée de la musique extraordinaire de Hans Zimmer qui a fait un travail de dingue sur ce film. Emouvante, poignante, cette scène de
combat sous la pluie prend aux tripes et marque le début d'une remise en question chez Ujio : "finalement, cet homme est courageux et mérite peut-être qu'on s'y intéresse". Puis Nathan fait tous
les efforts possibles et imaginables pour s'intégrer au clan. Il s'entraîne au sabre au milieu des autres, sans relâche, jusqu'à parvenir à faire un "Ikiwake" (égalité) contre Ujio. A partir de
là, Nathan a regagné le respect d'Ujio qui finira par l'intégrer totalement. Des efforts, il faut également qu'il en fasse avec Taka, la veuve qui est obligée de recueillir chez elle l'assassin
de son mari. Elle éprouve de la haine pour lui mais prend sur elle-même. Nathan, encore une fois, fait tout pour s'intégrer à la communauté en apprenant la langue, et c'est uniquement lorsqu'il
s'excusera auprès de Taka en japonais qu'elle le pardonnera, émue. La relation entre Taka et Nathan est belle, tout en douceur. L'actrice, Koyuki
Katō, est une femme tout simplement magnifique, pleine de délicatesse dans ce rôle. Taka pardonne donc à Nathan, jusqu'à lui offrir l'armure de son défunt mari, ainsi qu'un léger
baiser. Là encore, toute la pudeur et la sensibilité de la scène est un point fort du film. L'amour entre les deux personnages est réservé, à peine perceptible, et donc loin des clichés.