Quel bonheur de redécouvrir cette trilogie culte avec mes filles ! Avant de leur montrer le premier volet il y a quelques mois, j'avais des doutes sur leur âge : à 6 et 9 ans, le scénario de Retour vers le futur est tout de même assez complexe à appréhender... Et pourtant, la trilogie a eu son petit succès et j'ai adoré toutes leurs questions. En effet, le côté science-fiction leur est parfois passé un peu au-dessus, mais pas autant que je l'aurais cru : elles ont globalement très bien suivi l'histoire. Mais, surtout, c'est la comédie d'action qui a emporté le tout, car c'est clairement l'une des forces de la trilogie de Robert Zemeckis : la multiplication des genres.
Une oeuvre inclassable
Retour vers le futur est un mélange des genres purement génial : comédie d'action et de science-fiction, mais également buddy movie au scénario ludique et complexe (les paradoxes temporels), film d'aventure ponctué de romances (parents de Marty, Marty/Jennifer, Doc/Clara), et évidemment film familial qui peut se savourer à tout âge. Ce dernier point est à mon sens un sacré exploit, car Zemeckis est parvenu, certes, à faire rêver toute une génération d'enfants, mais la trilogie réussit à gagner de la valeur lorsque le spectateur grandit, tant les détails et clins d'œil plus "adultes" fourmillent. Tout ceci donne lieu à un petit miracle du cinéma, une trilogie qu'on pourrait sans hésiter qualifier de parfaite : Retour vers le futur est exceptionnel dans chaque genre qu'il aborde.
Un scénario exemplaire
En termes de scénario, Retour vers le futur est un modèle d'efficacité et de créativité. Le concept du voyage dans le temps, universel et original, est exploité ici à merveille : assez complexe pour jouer avec les paradoxes temporels, mais suffisamment simple pour ne pas sombrer dans un mindfuck incompréhensible. C'est l'un des rares cas au cinéma où le voyage dans le temps est géré d'une main de maître, sans incohérence majeure, même si certains spectateurs aiment chercher la petite bête dans les détails.
Chacun des trois volets est construit de la même manière, sous une forme narrative très classique en trois actes, avec un enchaînement des événements sans temps mort : tout est extrêmement fluide et satisfaisant à suivre et il n'y a quasiment rien à jeter. Retour vers le futur, en effet, coche toutes les cases et nous captive à chaque instant, que ce soit par le rire, l'émerveillement, le suspense ou l'émotion.
Des personnages et dialogues cultes
Les personnages et les dialogues sont également devenus des références majeures en termes d'écriture. Le duo formé par Michael J. Fox et Christopher Lloyd est l'un des plus iconiques du cinéma, et ce n'est pas pour rien : la relation entre Marty et Doc est aussi drôle que touchante, bien que le film ne révèle jamais comment les deux personnages se sont rencontrés. Retour vers le futur est une succession de répliques devenues cultes ("Nom de Zeus !", "C'est pas l'pied !", "Personne... ne me traite de mauviette !"), notamment parce qu'elles sont délivrées par deux acteurs exceptionnels dont l'alchimie crève l'écran. Doc est l'archétype du savant fou, et Marty du lycéen cool et plus terre-à-terre, qui a du mal à suivre son mentor dans ses délires. Les deux personnages, malgré leurs différences, sont des amis sans faille : chacun d'entre eux risquerait sa vie pour l'autre.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste. Il faut évidemment saluer le travail de Thomas F. Wilson, qui incarne ici l'antagoniste parfait dans les rôles de Biff / Griff. Côté doublage, Richard Darbois a d'ailleurs réalisé un travail remarquable pour rendre ce personnage aussi crétin que dangereux, à tel point que je continue aujourd'hui de regarder Retour vers le futur en VF. Saluons aussi le travail de Luq Hamet et Pierre Hatet pour les personnages principaux, mais aussi la qualité de la traduction. Elle offre des dialogues légendaires et des petites choses amusantes qui font le charme de la VF ("Euh... Papa papa papi papo !").
La bande qui accompagne Biff est tout aussi mémorable même s'ils ont peu d'occasions de prendre la parole. On reconnaît notamment un jeune Billy Zane qui est maintenant mondialement connu pour son rôle dans Titanic (entre autres). De même, Crispin Glover et Lea Thompson sont géniaux dans le rôle des parents de Marty. J'adore le fait que Lorraine et George aient des personnalités complètement opposées, ce qui rend la tâche d'autant plus difficile pour Marty lorsqu'il s'agit de les faire tomber amoureux.
Des décors et reconstitutions parfaites
Retour vers le futur se distingue également par la qualité de ses décors et de ses costumes. Quand un film explore différentes époques, il est nécessaire que les décors restent crédibles. De ce point de vue, la trilogie a bien vieilli - malgré quelques excentricités pour 2015 et une vision idéalisée des années 50 qu'on pardonne facilement. J'aime particulièrement le côté évolutif des décors : on retrouve les mêmes lieux à des époques différentes et toute l'intrigue se passe au même endroit (Hill Valley) à quatre époques distinctes (1885, 1955, 1985, 2015). C'est, une fois de plus, une idée géniale : on a l'impression de faire partie de cette petite ville fictive et d'en connaître les moindres recoins, notamment le café / saloon où naissent la plupart des conflits.
La reconstitution des époques, que ce soit des années 50 ou du western, est d'une grande richesse de détails, tout en donnant lieu à des scènes d'humour bien senties. Il n'est en effet pas difficile de se mettre à la place de Marty, perdu dans un passé où la télévision existe à peine, et un futur où les voitures volent. Qu'il voyage 30 ans en arrière ou en avant, le lycéen est en décalage complet avec les époques qu'il traverse et ça donne lieu à des situations souvent hilarantes.
Les multiples clins d'œil
On ne va pas faire la liste, mais Retour vers le futur est connu pour son avalanche d'hommages et de clins d'œil qui font de la trilogie une œuvre revisitable à l'infini. Qu'il s'agisse d'allusions aux autres volets de la saga, ou de références à la culture populaire, toutes sont amusantes et rajoutent un plaisir ludique au visionnage. On s'amuse, par exemple, à voir une affiche pour Les dents de la mer 19, ou encore Marty se faire appeler Clint Eastwood dans le Far West. Tous ces détails permettent aux adultes d'y trouver aussi leur compte. Il est évident qu'à 6 et 9 ans, on ne peut pas saisir toutes les références, comme la scène où Marty sort son flingue devant un miroir en lâchant un célèbre "C'est à moi qu'tu parles ?". Il en va de même pour les références au cinéma, notamment le western spaghetti avec certains plans iconiques (les jambes au premier plan dans la scène de duel, le bouclier improvisé) ou encore à des films tels que The Time Machine (1960) et Safety Last! (1923), dans la scène où Doc est suspendu à l'horloge de l'Hôtel de ville.
De même, certains clins d'œil internes à la trilogie Retour vers le futur sont délicieux. On pense notamment à Michael J. Fox jouant une grande partie des rôles de la famille McFly en 2015, y compris la fille de Marty, qu'il interprète de manière hilarante, ou encore au fameux "Twin Pines" transformé en "Lone Pine Mall" après que Marty a renversé l'un des deux pins en 1955. On savoure aussi divers motifs récurrents dans la trilogie : Biff finissant toujours dans un tas de fumier, l'horloge comme toile de fond, ou encore la Delorean tombant régulièrement en panne.
Bref, Retour vers le futur est génial, mais je ne vous apprends rien. Par contre, voir cette découverte dans les yeux de mes filles fut un moment magique.