Il existe des scènes de films qui marquent un enfant, au point d'intervenir sur leur psychologie future. De telles scènes, quelques unes ont déjà été évoquées dans cet article, où je dressais une liste de divers traumatismes. L'ours de Jean-Jacques Annaud, aujourd'hui encore, fait vibrer ma colonne vertébrale dès que je tente de revoir la scène des champignons hallucinogènes.
Mais si on écarte les joyeusetés traumatisantes, il reste un film qui semble avoir éveillé une partie de ma personnalité, à l'âge de 7-8 ans : il s'agit de Blanche-Neige et les 7 nains, dans la mine. Loin d'être un traumatisme, au contraire : c'est un émerveillement qui dure depuis 30 ans.
Je ne saurais décrire ce que je ressens lorsque je regarde la scène de la mine, mais il ne faut pas plus d'une seconde pour que ressurgisse l'enfant émerveillé par les pierres précieuses scintillantes. Autant la musique ne me procure pas davantage de nostalgie qu'autre chose, autant ces gemmes brillantes m'obsèdent sans que je sache pourquoi, à tel point que la scène me revient en tête régulièrement comme un spectacle étrange et réconfortant. Je me revois enfant, avec cette fascination débordante, la même que je ressens encore à 38 ans devant ces seaux remplis de pépites.
L'attirance pour les objets brillants est un trait commun à la plupart des humains : l'œil apprécie les choses qui se démarquent par leur scintillement. Lorsqu'on voit un objet brillant, on cherche à savoir de quoi il s'agit, on s'arrête parfois pour l'admirer. Pour ma part, ça peut aller au-delà de la simple fascination : ça provoque de réelles émotions.
Enfant, j'étais passionné par les pierres précieuses et les objets rares. Par les collections. Dès l'âge de 12-13 ans, je suis devenu un numismate acharné. Je me souviens d'attendre tous les soirs que mon père rentre du travail pour fouiller dans son porte-monnaie à la recherche des francs qui manquaient à ma collection : les précieuses pièces commémoratives, plus ou moins rares. J'observais ces pièces, leur brillance, et ça me subjuguait. Non pas que leur valeur m'intéressait particulièrement. Je trouvais ça beau, tout simplement.
Sur la plage, je passais des heures (comme nombreux d'entre vous, je suppose), à observer les multiples cailloux. Certains galets brillaient davantage que les autres, ils ressemblaient à des pierres précieuses. Si je tombais sur un galet de granit, j'essayais de l'ouvrir en deux pour découvrir un petit univers de scintillements qui m'émerveillaient. Aujourd'hui, toujours, il m'arrive de me promener le long des plages et de m'arrêter quelques secondes sur ces jolies pierres pour les admirer un peu. Je ressens quelque chose de fort, je me sens attiré. Je reviens en enfance. C'est très curieux, mais agréable.
Une fois de temps en temps, je croise des personnes qui portent des vêtements chatoyants. Il arrive qu'un unique petit reflet fige mon cerveau, car il me rappelle cet autre reflet bleuté que j'avais vu étant gosse et qui m'avait occupé l'esprit le temps de quelques minutes. Je fouille dans ma mémoire pour en retrouver l'origine, pour savoir d'où vient cette sensation. Mais ça s'échappe, ça reste inaccessible, et je garde simplement cette étrange impression de déjà-vu émotionnel.
L'effet de la mine des nains, c'est ça. C'est passer une heure à regarder les étoiles en pleine nuit, ou à admirer l'étincellement des reflets du soleil sur la mer en fin de journée : ces milliers de petites lumières qui clignotent à la surface me rappellent mon enfance et, étrangement, me rappellent les pierres précieuses des nains de Blanche-Neige.
Est-ce que, vous aussi, cette scène vous procure cet effet si particulier ? J'aimerais beaucoup croiser des gens qui éprouvent ces mêmes choses, pour tenter de comprendre d'où ça pourrait venir. Peut-être ces diamants et ces rubis me rassurent-ils, car ils me renvoient à un passé confortable. Ou peut-être que j'associe inconsciemment cette scène à d'autres événements que j'ai oubliés. Tout ce que je sais, c'est que revoir cette scène m'émeut, me captive, me file des frissons incompréhensibles. Je n'en comprendrai sans doute jamais la raison.