22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 01:28

         Ca faisait tellement longtemps que j'voulais parler de V pour Vendetta. J'attendais juste de le revoir et j'ai donc profité qu'il passe à la télé ce soir pour le faire. Comme les deux ou trois fois précédentes, ça a été plus de deux heures de pur ravissement. Issu d'une BD du même nom de Alan Moore et David Lloyd, scénarisé par les frères Wachowski (Matrix) et réalisé par James McTeigue. Un film à la fois politique et philosophique basé sur le même principe que 1984. Un film d'anticipation disons, qui nous montre une société gouvernée par un tyran manipulateur au sein de l'Angleterre. Cet homme politique fasciste, qui s'est auto-proclamé "Haut-Chancelier", impose un climat de peur à sa population grâce à une police intraitable envers les étrangers, les homosexuels. Au milieu de ce pays, un homme masqué se faisant appeler V décide de lancer un appel à la révolution pour le 5 novembre de l'année suivante.

 

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v pour vendetta

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         Clairement l'un des mes films préférés (il entre facilement dans mon top 20 et peut-être dans le top 10), ce film ne fait pas toujours l'unanimité mais je ne comprends pas pourquoi. Parfois, c'est dû à une déception liée à la mauvaise adaptation du comic. Personnellement je ne l'ai pas lu mais je suis persuadé que V pour Vendetta peut se regarder sans ça.



v pour vendetta 4         C'est un film habile et très efficace, il commence sans discuter et on en prend plein la vue dès le début. L'atmosphère est immédiatemment sombre, au coeur des ruelles de l'Angleterre, lorsque Evey, le personnage principal, se fait agresser par des gardes de la police pour n'avoir pas respecté le couvre-feu. Un étrange personnage vient la délivrer de son triste sort en assassinant les deux hommes, puis en l'invitant à le suivre sur le toit. Et là, ça démarre sans tarder. Nous sommes le 5 novembre, à minuit pile, et V pose une question à Evey : "Aimes-tu la musique ?". Ce à quoi elle répond qu'elle "suppose que oui". Rien que là, on comprend que le monde dans lequel ils vivent va mal. On comprend rapidement qu'on a affaire à un univers sans libertés, sans tolérance, sans vérité et sans bonheur. Le film nous montre un monde dystopique dans lequel le gouvernement est des pires. Le dictateur Adam Sutler dirige tout (joué par John Hurt qui prend ici le rôle du Big Brother, à l'opposé de son rôle dans 1984), a des yeux partout et fait régner sa loi : homophobie, racisme, interdictions en tout genre, et une manipulation des médias permettant de tout garder sous contrôle et de rassurer les gens. Bien entendu, dans ce monde révoltant, certains vont agir, pour finir par montrer que face à un régime injuste et totalitaire, on peut toujours se rebeller car "le peuple ne devrait pas avoir peur du gouvernement, c'est le gouvernement qui doit avoir peur du peuple".


v pour vendetta 2


        Le personnage V est tout simplement génial, certainement l'un de mes préférés au cinéma. Avec son masque, sa cape, son chapeau, V a tout simplement une classe de dingue. Sa façon de parler, de se déplacer, tout lui donne son charisme et son imposance qui font de lui un être exceptionnel et intrigant dès le départ. L'entrée en matière du personnage avec ce discours absolument génial, rempli de "v", est jouissive et on ne perd vraiment pas de temps. Un nombre impressionnant de scènes sont géniales dans ce film. J'adore particulièrement le moment où V saute sur un toit au ralenti, c'est d'un esthétisme assez dingue (ça m'avait franchement marqué la première fois, je ne sais pas pourquoi). Beauté visuelle qu'on retrouve dans le superbe combat au ralenti avec la classe suprême de V qui use de ses lames pour abattre tout le monde un par un. Je ne vais pas énumérer tous les passages que je trouve géniaux mais ce film est un bijou scénaristique, assez inattendu, ou tout du moins étrange. Le passage de la "torture" de Evey est juste excellent, avec beaucoup de jeux d'ombre mais surtout un paquet d'émotions très fortes. On suit la transformation du personnage principal et le changement est radical. On pourrait croire que cette mise en scène de la part de V n'était qu'un test pour vérifier que Evey est forte, mais le fait est surtout que c'est ce "test" qui l'a rendue forte. En mettant la jeune femme face à sa propre mort, très sereine, il fait disparaître toute la peur qui lui restait afin qu'elle puisse la surmonter. Le moment où Evey réalise que V a tout mis en scène est d'une pure intensité émotionnelle, il faut dire que Natalie Portman est extrêmement touchante (c'est un peu le point fort de son jeu d'actrice, qu'on retrouve dans l'essentiel de ses films). L'actrice est époustouflante d'un bout à l'autre du film, tout comme Hugo Weaving (l'agent Smith de Matrix) qui campe l'homme derrière le masque. Cet acteur a une classe naturelle et même si on ne voit jamais son visage, son jeu d'acteur est parfait. Les émotions se font également ressentir via V, qui a vécu quelque chose d'horrible et n'a certainement plus lié aucune relation depuis.




         Toutes les scènes de ce film, ou presque, font de V un personnage auquel on s'attache rapidement (la scène des dominos est parfaite). On finira par ne rien savoir de lui, ni son visage ni son passé, à part bien sûr la dramatique histoire qui l'a transformé à jamais. On apprend juste que le nom "V" vient du numéro inscrit sur sa cellule lorsqu'il était détenu (5 en chiffres romains), qui correspond également au 5 novembre, bref tout se recoupe. Le fait de ne jamais voir son visage en fait un homme très mystérieux. En fait, V est parfaitement décrit par Evey à la fin du film "Il était mon père, et ma mère, mon frère, mon ami... Il était vous, et moi. Il était chacun de nous". Pendant tout le film, on nous laisse entendre que V représente plus une idée qu'un homme. Son masque finira par se retrouver sur la tête de tous les résistants à la fin du film, chaque personne ayant un peu de V en elle. Pour tout le monde, V aura surtout été une idée, l'idée qu'un changement était possible. V n'aura été un homme que pour Evey, qui est la seule a avoir pu le cerner et l'aimer au sens propre du terme. "Personne n’oubliera jamais cette nuit là et tout ce qu’elle a représenté pour ce pays. Mais moi, je n’oublierai jamais l’homme, et tout ce qu’il a représenté pour moi". C'est ainsi que se conclut le film et ça résume bien le fait que Evey a été la seule personne proche de V. Il est amusant de remarquer que les deux personnages ont une relation assez ambiguë. Ils semblent s'aimer, mais c'est évidemment un amour impossible. V doit certainement souffrir de ça, car sa priorité est de diffuser et concrétiser son idée, rien d'autre. Il finira par mourir comblé, car il aura enfin cotoyé quelqu'un qui l'aura aimé pour qui il est, et je trouve ça vraiment beau. Qui plus est, cette relation entre les deux personnages est très spéciale et très anti-clichée. V semble aimer Evey, il lui avoue même avant de mourir, mais ça ne l'empêche pas de la torturer et de lui faire du mal un peu plus tôt, pour lui permettre d'évoluer. On n'a pas ici d'amitié/amour basé sur la gentillesse ou la timidité. Tout est cru, dur, et c'est ce qui fait un point fort du film je trouve car on ne voit pas ça souvent. De même, Evey éprouve quelque chose pour lui (peut-être est-ce aussi de l'amour pour "l'idée" et pas pour "l'homme"), mais elle ne se prive pas de le traiter de monstre. Pour finir, j'adore particulièrement la scène où Evey se retrouve sous la pluie, levant les bras, et que le parallèle est fait avec V émergeant des flammes. Très beau passage avec une Natalie Portman au top.


v pour vendetta 3


         Pour finir, impossible de parler de V pour Vendetta sans parler un peu de deux scènes importantes du point de vue politique. La scène d'ouverture bien sûr, avec l'explosion d'un bâtiment très symbolique, et puis naturellement la scène de fermeture, avec une seconde explosion qui accompagne le soulèvement du peuple. Certes, le fait de montrer une libération par la force et le terrorisme en a gêné plus d'un (beaucoup n'ont pas aimé le film à cause de cette "idéologie", comme ils disent), mais personnellement je ne vois pas ça comme des actes de terrorisme à proprement parler. Quand le peuple est soumis à une dictature aussi rude, aussi implacable, il faut je pense savoir trouver les moyens de se rebeller contre ça. Qui plus est, c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'empêcher de frissonner lorsque la musique de Tchaikovsky démarre dans les hauts-parleurs de la ville, très dynamique, vibrante, ultra-puissante (à partir de 4:37 dans la vidéo ci-dessous, le musique "Ouverture 1812" est sublime et colle à la perfection). L'intensité qui émane de la dernière scène du film est incroyable et le film finit aussi rapidement qu'il a commencé. C'est franchement magnifique, y'a rien à dire.


 


 

         Bref, je pense que j'ai dit tout ce que j'avais à dire à propos de ce film que j'adore encore plus à chaque fois que je le vois. Du grand art, je trouve.




        "Voilà ! A première vue je ne suis qu'un vulgaire comédien de vaudeville à qui les vicissitudes de la vie font jouer le vilain et la victime et vice-versa. Ce visage n'est pas que le vil reflet de ma vanité mais un vibrant vestige de la vox populi aujourd'hui vacillante et vaincue, vous devez y voir les vieux restes d'une vexation vieillissante aussi vive que vivante, et vouée à vaincre cette vermine vulgaire vivace, virulente et vénale qui vivote en privant ses valeureuses victimes vaincues de la vérité et des vraies valeurs ! Le seul verdict que je vois est la vengeance, une vendetta violente brandie telle un ex-voto et non en vain, visant à faire vaincre la vertu, face à cette vilenie lovée dans les veines de nos villes. Ces vagues vocales faisant de moi un ventriloque vociférant ces volutes verbales, revenons-en à l'essentiel, je suis honoré de vous rencontrer, alors pour vous, je serai... V."



       Voir aussi : Les meilleurs films de 2000 à 2010.




 

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Published by Sebmagic - dans Critiques de films

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Commentaires

MB 12/01/2017 09:00

Merci pour votre belle analyse, moi aussi j'ai adoré ce film fascinant, tout comme le personnage de V.

Anya 13/09/2015 02:32

C'est dingue comme tu arrives toujours à mettre des mots sur ce que je pense sur les films, des choses que je ne parviens pas toujours à énoncer clairement.

MERCI

Iyaargh 21/07/2015 23:19

Je me permets de dire mon avis, comme je semble être l'un des rares qui n'ait vraiment pas aimé le film ET qui n'a pas lu le comic. :) (J'ai vu juste l'avis de el dans le même cas)

Dès le début du film j'ai trouvé ça étrange. Evey se fait agresser dans la rue, et un gars masqué vient se battre avec son agresseur. Pourquoi n'a-t-elle pas fui ? Je veux dire ; la réaction normale de quelqu'un qui est en danger doit être de se mettre en sécurité. Au lieu de cela elle préfère attendre à côté des belligérants, comme si elle voulait prendre un coup manqué. Après cela elle fait directement confiance à un gars armé et masqué qu'elle ne connait pas, comme si elle savait que c'était le héros du film.

Et elle aurait eu raison de fuir. Ce type, en guise de "test", l'a quand même kidnappée, séquestrée dans un lieu insalubre et l'a torturée psychologiquement et physiquement. Il n'y a que les psychopathes qui justifient et rationalisent de tels actes, qui disent que c'est pour une noble cause. C'est devenu malsain, et je n'explique pas que Evey ait pu le pardonner sans syndrome de Stockholm.

Et puis, la dernière chose qui ne me plaît pas est l'autonomie du personnage. Il veut faire une révolution et bâtir un monde meilleur tout seul, sans consulter personne. Et il agit seul jusqu'à la limite de la crédibilité. (Franchement, un personnage aussi occupé passe ses années à déblayer les lignes de métro ?). Il donne l'impression qu'une société de demain s'établira grâce aux valeurs d'une seule personne (parmi lesquelles, la violence envers tout "mal-pensant", refus du pardon envers ceux qui ont été manipulés) et pas à partir de ce que désire la population pour elle-même après qu'elle ait eu une prise de conscience. Certes, la foule le suit à la fin, elle cautionne son attentat contre l'ancien régime, bien, mais que désirait-il construire ? V n'a rien prévu pour le monde d'après (à part Evey qui elle aussi a fini par adopter la violence comme mode d'action) et laisse potentiellement à d'autres personnes le soin de reproduire un régime semblable avec les mêmes erreurs. V a détruit et n'a pas fait en sorte de rester en vie pour reconstruire.

Voilà pourquoi j'ai du mal avec le personnage. Cependant j'admets que le film est bien réalisé, et tout n'est pas noir chez V : j'avoue avoir beaucoup aimé ses discours à la télévision (les allitérations en V, c'est cool, et ses opérations de prise de conscience sont bien écrites). J'ai aussi beaucoup aimé l'histoire du couple lesbien, joliment raconté, bien qu'il soit au final malheureusement instrumentalisé par V pour mettre Evey de son côté.

personne 01/10/2014 06:38

Très bon film qui semble annoncé ce qui se passera un jour chez. Tout comme orange mécanique. Jouer avec le peuple et le peuple se vengera. Merci v pour ce bon moment

Rix Hoffman 15/09/2013 21:10

Dire que ce film ultra autocensuré dans son propos est pour les personnes matures, est un peu ridicule ! Du début à la fin, la réalisation donne l’impression que l'anarchisme véhiculé fièrement par le comic d'Alan Moore est honteux. C'est assez ridicule de faire le film du comic d'un anarchiste assumé, si on est en désaccord avec la base même du livre. Et comment peut on dire que ce film est bon, alors que exactement la même histoire existe, en mieux et en plus jolie coté graphique ? J’avouerai que ce film est un bon divertissement pour des personnes qui n'aurait pas l'habitude d'analysé, mais justement, le film maquille habillement son vide par une fausse complexité, ce que le comics au contraire ne faisait pas, car il était complexe mais, essayait de rendre ses idées claire, car l"auteur était en accords avec ! Ce film est une honte horrible, un furoncle gentillet coller sur la face d'Allan Moore. Franchement, si vous dites que ce film est puissant, lisez le comic, et à l'instar de Watchmen, vous comprendrez que voire un film qui résume à peine l'idée (ou les idées pour watchmen) d'un auteur, n'a rien de puissant, tous au plus séduisant...

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