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Jackie - de Pablo Larraín

Jackie - de Pablo Larraín

       J'avais découvert Jackie en 2016 lors de sa sortie et mon avis était plus que mitigé. Cependant, plusieurs facteurs m'ont poussé à revisionner ce biopic de Pablo Larraín pour lui laisser une seconde chance. Premièrement, je me suis plongé ces dernières semaines dans la filmographie de Natalie Portman et je devais donc revoir Jackie pour confectionner un top des films de l'actrice (oui, j'en ai déjà fait un, mais il date de 2011...). Deuxièmement, et c'est la principale raison : le film Spencer (du même réalisateur) fut ma plus belle découverte de 2021 et m'a incroyablement bouleversé. Verdict : même si j'ai clairement réévalué Jackie en le trouvant bien meilleur que dans mon souvenir, il reste à mon goût trop peu intéressant sur le fond. 

Jackie - de Pablo Larraín
Jackie - de Pablo Larraín

      Jackie a des qualités indéniables et j'ai été assez surpris de constater que j'en avais oublié sa somptueuse réalisation. Tout comme Spencer, l'idée est de se concentrer seulement quelques jours sur la vie d'une femme célèbre afin d'en tirer un drame intimiste. En soi, les deux films ne sont pas vraiment des biopics dans le sens où ils ne retracent pas la vie de Jackie Kennedy, ni celle de Diana Spencer, mais tentent plutôt de mettre en lumière un moment de leur vie ou un trait de caractère. Le choix du titre n'est pas anodin et permet de comprendre rapidement le point de vue original du réalisateur, qui se démarque clairement des autres productions de ce genre. L'idée est d'humaniser des icônes qui peuvent nous sembler inaccessibles et lointaines et, en ceci, les deux films sont de grandes réussites. Jamais on ne se sera sentis aussi proches de Jackie Kennedy ou de Diana Spencer ; c'est un sacré tour de force.

 

      Mieux encore : Pablo Larraín n'a pas besoin de s'encombrer de la vérité pour faire passer l'émotion. C'est beaucoup plus flagrant dans Spencer (oui, je suis obligé de comparer les deux films car ça va me permettre d'expliquer les défauts que je trouve à Jackie) car le film avec Kristen Stewart est purement imaginaire. Le but n'est pas de coller à la réalité, mais plutôt de nous faire ressentir les émotions du personnage à un instant T. Là où Jackie me déçoit, c'est justement lorsqu'il tente de nous offrir une reconstitution parfaite de certains événements, par le biais d'images d'archive par exemple. Le réalisateur s'encombre d'artifices pour légitimer son récit, le rendre crédible. Il en oublie parfois que le sujet de son film n'est pas l'assassinat de John F. Kennedy, comme l'annonce très clairement le titre du film. Je trouve qu'il a beaucoup mieux géré ce parti pris avec Spencer justement, puisqu'il a fait fi de la réalité pour se concentrer sur Diana en tant que femme.

 

Jackie - de Pablo Larraín

     Qui plus est, j'ai trouvé la temporalité de Jackie assez étrange. L'interview donnée par Jackie Kennedy au journaliste de Life donne l'impression - dans le film - de se passer quelques années plus tard, alors qu'elle a lieu en réalité seulement une semaine après l'assassinat. Le choix d'entrecouper le récit de réflexions du personnage au journaliste est un peu particulier lorsqu'on réalise que les événements qu'elle relate ont eu lieu quelques jours plus tôt et, donc, que son état d'esprit entre les deux temporalités est exactement le même.

 

       Certes, les images sont sublimes, mais il manque à mon goût quelque chose à Jackie. J'ai trouvé dommage de ne pas creuser sa relation avec ses deux enfants ; je trouve que le film insiste beaucoup sur Jackie en tant que veuve, mais qu'il n'aborde pas suffisamment son rôle de mère. C'est sans doute un choix permettant de montrer à quel point le personnage pense avoir tout perdu, mais du coup, le film stagne rapidement sur un seul aspect de Jackie : l'endeuillement. 1h40 de deuil, c'est un peu long et l'ensemble donne finalement un film assez monocorde, sans espoir pour le personnage. Même sa conversation avec le prêtre (John Hurt, magnifique dans l'un de ses derniers rôles), aussi belle et émouvante soit-elle, ne fait qu'appuyer cette sensation d'avenir sans issue pour Jackie et j'aurais aimé y voir à cet instant une lueur dans le regard du personnage, autre que la lueur formée par ses larmes.

 

Jackie - de Pablo Larraín

       Malgré tout, le film est merveilleux d'un point de vue visuel et j'ai adoré y retrouver certains aspects de la réalisation de Pablo Larraín que j'avais adorés dans Spencer. J'aime tout particulièrement la façon dont sont filmés les visages, au plus proche, pour donner l'illusion au spectateur de pénétrer dans l'intimité du personnage principal. Autre effet percutant : ces mouvements de caméra lorsque Jackie (ou Diana) se retrouvent en pleine lumière, face aux médias. La caméra zigzague alors de gauche à droite sur le personnage de Jackie / Spencer, comme si elle souhaitait l'examiner sous toutes les coutures, la mettre à nu. On ressent à ce moment leur difficulté à se contenir lorsque le monde entier s'accapare leur image et leur vie privée. Je vous mets ci-dessous l'extrait correspondant dans Spencer, qu'on retrouve de façon plus discrète dans Jackie. C'est assez brillant.

 

      Pour conclure, je voudrais parler de la musique et, encore une fois, je ne peux que comparer les deux œuvres de Larraín. Là où la musique de Jonny Greenwood accentuait la douleur psychologique de Diana de manière fabuleuse (certaines me restent en tête encore aujourd'hui), j'ai trouvé les composition de Mica Levi beaucoup moins pertinentes sur Jackie, et même assez oubliables. Si elles permettent, de temps en temps, d'illustrer la tristesse du personnage principal, elles ne sont pas suffisamment marquantes pour donner au film une aura toute particulière, et c'est dommage. Peut-être est-ce aussi le sujet qui ne m'a guère passionné... mais je préfère ne pas utiliser cet argument car, d'un autre côté, je me fichais éperdument de la vie de Diana avant de voir Spencer.

 

     Bref, j'ai beaucoup aimé Jackie mais mon verdict est similaire au constat que j'avais fait en 2016 : à trop tenter de se conformer à la réalité, il en oublie parfois de rendre son personnage passionnant. Pourtant, je ne l'ai pas mentionnée dans l'article mais c'est évident : la performance de Natalie Portman est éblouissante et c'est très probablement l'un de ses plus grands rôles de ces 10 dernières années. Un très bon film, donc, mais teinté de quelques défauts.

 

Jackie - de Pablo Larraín
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T
Ah oui, donc la ca laisse toute la place au personnage, pas d'évènements qui prennent trop de place dans le film.<br /> <br /> Après c'est parce que quand les gens entendent "Biopic" ils pensent que ca va retracer toute la vie de la personne. Heureusement que non, d'ailleurs Arte c'est le bon endroit pour rechercher ca. Je trouve que s'attarder sur les émotions du personnage et d'accentuer l'empathie te fait encore plus apprécier le film et la personne. <br /> <br /> Je me fait pas de liste de films à rattraper sinon j'en verrai pas le bout.
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S
Pareil, j'avais une liste à une époque mais elle devenait si interminable que je l'ai abandonnée... J'essaie quand même de m'imposer certaines choses sinon il y a des films que je ne verrai jamais.
T
Je vais me le faire bientôt, je dois rattraper pas mal de trucs en même temps. <br /> Donc c'est un Biopic qui prend des éléments vrais et imaginaires pour en faire un tout. <br /> Différent de Jackie donc, vu que pratiquement tout est vrai dans celui ci, ca laisse moins de place au personnage, même si il y'a quelques scènes quand même riche en émotion, celle devant le miroir dans l'avion après l'assassinat est déchirante.
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S
Oui la scène devant le miroir où elle essuie son visage est suffocante, j'avais hâte qu'elle se termine (donc très efficace).<br /> <br /> Pour Spencer disons que c'est comme Jackie, ça se passe sur 3-4 jours (un repas de Noël hypothétique passé dans le château de la Reine). À moins que je ne me trompe, les faits relatés ne sont pas précisément réels, ils servent juste de toile de fond pour illustrer le mal-être du personnage. Mais bon, je ne vais pas spoiler. C'est surtout parce que beaucoup de gens ont regrette l'aspect "non documentaire" du film alors qu'à mon avis ce n'était encore pas le propos. <br /> <br /> Je comprends le truc des films à rattraper... De toutes façons plus les jours passent et plus j'ai l'impression d'avoir de films à rattraper. Les vieux classiques notamment !
T
L'envie de savoir a été plus forte que tout apparemment ahah.<br /> C'est vrai que le film colle un peu trop aux événements qu'il aborde mais c'est peut être parce que c'est l'un des évènements qui à le plus traumatisé le pays, prendre un peu distance aurait peut être été pire qui sait.<br /> Faut vraiment que je me fasse Spencer pour essayer d'avoir le même raisonnement que toi.<br /> <br /> Après tu parles d'avenir sans issue pour Jackie, moi j'adore le fait que dans certains films, le personnage ne trouve pas de réponse.<br /> Trop souvent les films apportent une solution à tout, même si la c'est un deuil qui finira par passer mais la période abordé est trop récente par rapport à l'assassinat pour que le deuil se fasse.
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S
C'est vrai que pour le coup, comme les événements sont récents pour elle, la fin est logique dans la psychologie du personnage. Ce n'est pas un mal en soi, j'aime aussi les dénouements pessimistes, mais ça m'a donné un sentiment de personnage à sens unique, monotone. Je ne sais pas comment l'expliquer. Peut-être aussi que t'as raison et que le film s'apprécie mieux pour un spectateur américain. J'ai du mettre pause plusieurs fois pour vérifier des infos.<br /> <br /> Tu me diras quand t'auras tenté Spencer, faut partir du principe que c'est une fiction avec Diana comme personnage. Le point de vue est donc totalement différent mais j'y ai été beaucoup plus sensible. Les thèmes abordés aussi me parlaient sans doute plus.