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The Northman - de Robert Eggers

The Northman - de Robert Eggers

      C'était une évidence et pourtant, j'y ai cru jusqu'au bout. Non, The Northman ne sera finalement pas pour moi la claque tant attendue, et ma déception est à la hauteur de l'excitation que j'avais ressentie en découvrant The Lighthouse l'année dernière. Ce film, que j'attendais avec impatience depuis 6 mois, s'inscrit malheureusement dans une nouvelle mouvance de films à laquelle je suis totalement hermétique.

 

The Northman - de Robert Eggers

       Si vous êtes un(e) habitué(e) de ce blog, vous avez dû prévoir que The Northman ne me satisferait pas et, très honnêtement, je me demande comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte par moi-même. Alors attention, le film a quand même de très belles qualités, j'y viendrai un peu plus loin... mais commençons par ce qui m'agace profondément dans ce film.

 

      Le moule "Ari Aster"

 

      Je le sais, je me bats seul (ou presque) sur ce terrain. Pour moi, The Northman vient rejoindre une catégorie de films qui a pris le dessus depuis quelques années et que je résumerai par ces mots : le style Ari Aster. Il s'agit de ces films qui mettent en valeur des thématiques symboliques ou spirituelles à base de magie (noire), de sorcières ou sectes tordues, à grands coups de musiques mystiques et de scènes crues, sexuelles et/ou gores, voire pseudo-dérangeantes. Visiblement, ce style à la Midsommar convient à la majorité du public prêt à marcher dans la combine pour se créer des sensations, mais il me laisse pour ma part désespérément sur la touche. J'y vois plutôt un nouveau moyen grossier de s'imposer comme novateur dans le monde du cinéma et ça me laisse entièrement de marbre.

 

The Northman - de Robert Eggers
The Northman - de Robert Eggers

     L'esthétisme est certes magnifique la plupart du temps, avec généralement un goût prononcé pour la symétrie et les couleurs contrastées. On retrouve tout ça chez Ari Aster et donc, chez Robert Eggers, mais aussi chez d'autres cinéastes comme David Lowery avec le récent et imbuvable The Green Knight. Croyez-moi, je regrette vraiment de ne pas adhérer à cette nouvelle norme de l'épouvante mystique car je rate visiblement quelque chose, mais je ne peux pas m'empêcher de trouver tout ça ridicule et laid. C'est un peu comme si le film voulait me forcer à ressentir une forme de gêne ou de choc émotionnel, sauf que ça ne m'atteint jamais. Bref.

 

      Je suis du coup assez déçu car The Lighthouse m'avait mis une grande claque sur son ambiance. Parfaitement original, c'était une vraie proposition de cinéma qui ne rentrait pas dans ces délires sectaires remplis de gens à poil qui dansent autour du feu en entonnant des chants mystiques et gutturaux pour forcer le malaise. Lorsque je l'ai découvert, j'étais persuadé que Robert Eggers compterait parmi mes réalisateurs fétiches. C'était avant que je découvre son premier film The Witch, que j'ai bien évidemment détesté, et The Northman. La seule chose que j'espère, c'est que David Lowery ne marchera pas sur ces pas, car l'atmosphère de The Green Knight m'a semblé emprunter la même voie. A Ghost Story fait partie de mon top 30 "all time", je serais donc peiné de le perdre lui aussi.

 

      Quelques points positifs

The Northman - de Robert Eggers
The Northman - de Robert Eggers
The Northman - de Robert Eggers

      Mais assez parlé de tout ça, car The Northman n'est quand même pas une cause perdue et j'ai apprécié de nombreux éléments de ce film. Il faut bien le reconnaître, si Robert Eggers ne cherchait pas constamment à créer des scènes faussement mystiques, ses images seraient parfaites. Que ce soient sur les cadrages, la lumière ou la virtuosité de la caméra, les plans du film sont pour la plupart magnifiques. Le décor aide beaucoup, avec des paysages islandais incroyables, tantôt glaciers, tantôt volcaniques, et de nombreuses vues d'esprit sont plutôt intéressantes. La visualisation de l'arbre généalogique, notamment, est sublime. On pourrait citer également le tout dernier plan du film qui a failli me péter la mâchoire tant il est grandiose. Il y a fort à parier pour que ce plan final intègre mon "top scènes 2022" car il a laissé une profonde marque sur ma rétine. 

 

     La thématique principale du film, à savoir l'hyper-virilité et la vengeance dans le monde viking, est globalement sans grand intérêt. Je comprends le plaisir jouissif à voir d'énormes mecs musclés se battre à l'épée et hurler d'une voix caverneuse (j'ai par exemple adoré 300 de Zack Snyder), mais le film reste quand même basique et un peu bête dans son propos. Comme d'habitude, on a la double vision de la femme, tantôt démoniaque (Nicole Kidman méconnaissable - et ce n'est pas à cause du maquillage), tantôt incarnation de la pureté dans un monde de vilaines brutes (Anya Taylor-Joy). Anya Taylor-Joy, heureusement, m'a apporté exactement ce dont j'avais besoin (de la douceur) pour rester concentré dans cette histoire de vengeance chiante à mourir. Malgré tout, son rôle ne diffère pas beaucoup de celui qu'elle avait dans The Witch. Rien de bien nouveau, donc, si ce n'est un esthétisme de l'image proche de la perfection.

 

The Northman - de Robert Eggers

      Certains passages sont brillants sur le plan de la réalisation, je pense par exemple à cet immense plan-séquence de bataille, lors de laquelle le personnage principal attrape une lance au vol pour la renvoyer vers son assaillant, ou évite de justesse quelques flèches tirées à son encontre. Il est simplement dommage que le message du film n'aille pas beaucoup plus loin qu'un "ouh la la, quel monde très très violent, ce monde patriarcal !". C'est un peu crétin. 

 

     Bref, je ne développerai pas beaucoup plus sur ce film que j'ai trouvé globalement chiant sur ses enjeux. Si on oublie le côté violent et esthétique du film, ça reste quand même l'histoire d'un mec qui attend 20 ans avant de se décider à venger la mort de son père, tué par son oncle, et c'est tout bordel ! Ce n'est rien d'autre que l'éternelle histoire d'Hamlet (par ailleurs, le personnage principal s'appelle Amleth... paye ta subtilité). Dans le genre on a fait un joli petit film en 1994, ça s'appelait Le roi lion. Il avait au moins l'avantage de présenter des personnages attachants et un brin d'humour. Oui, de l'humour, car The Northman n'en contient pas une goutte. Il se contente, à l'instar de son prédécesseur The Green Knight, de nous faire croire que cette époque était une époque sans rire et sans spontanéité. Tout ceci aboutit à des dialogues d'une énorme lourdeur, parfaitement oubliables. C'est chiant et c'est globalement sans intérêt pour moi.

 

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