17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 22:56

          Quel ravissement ! C'est le premier film de Jean-Luc Godard que je tente (j'ai un peu honte de m'y prendre si tard), et j'ai été conquis du début à la fin, alors que je craignais terriblement de ne pas apprécier le style. Et pourtant, j'ai regardé le film ce matin et il m'est resté en tête toute la journée. La surprise a été de taille pour moi, et j'ai maintenant hâte de découvrir d'autres films du même genre.


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                Ca fait des années et des années que je rechigne devant le vieux cinéma français, que je l'évite soigneusement, car mes préjugés m'ont laissé penser que je n'aimerais pas. Et pourtant, le passé m'a prouvé que 90% de mes préjugés cinématographiques ne sont pas fiables du tout. Depuis que je m'intéresse réellement au cinéma, je n'ai cessé d'enchaîner les découvertes et de savourer ces découvertes, contre tout attente. Que ce soient les films de guerre (Apocalypse Now, Voyage au bout de l'enfer...), les films muets (Charlie Chaplin, Metropolis), les vieux films en noir et blanc (Psychose, 12 hommes en colère, Certains l'aiment chaud...), les films de gangsters (Les affranchis, Le Parrain, L'impasse...), toutes ces tentatives ont été systématiquement accompagnées d'un agréable ravissement d'avoir exploré quelque chose de nouveau et d'inhabituel (pour moi), et surtout d'avoir apprécié. D'ailleurs, ce blog lui-même a débuté par l'une de ces surprises avec Marie-Antoinette, qui m'a fait comprendre que j'étais capable d'apprécier et même de savourer des films historiques. Il n'y a guère que le genre épouvante-horreur qui reste encore conforme à mes mauvais préjugés. On va dire que je ne peux pas encore tout aimer.


              Et donc, il y a quelques jours : déclic. Voilà ce que je me dis : "Bon, ça fait des années que le vieux cinéma français me rebute, que je semble inexplicablement hermétique aux noms de Godard, Truffaut et compagnie. Mais il se trouve que je n'ai jamais tenté, et que je serais totalement débile de ne pas essayer". Poussé par une grosse motivation, j'ai donc lancé Vivre sa vie de Jean-Luc Godard, film qui traînait dans un coin depuis un bout de temps, et j'ai réalisé au bout des 83 minutes que j'ai toujours été idiot de laisser mes préjugés l'emporter sur la réalité. Car vraiment, j'ai adoré et je ne demande qu'à réitérer. Le film, par ailleurs, offre une réflexion que je n'ai cessé de connaître depuis que je m'intéresse au cinéma :


            "Est-ce que vous connaissez quelqu’un, vous, qui sait tout de suite ce qu’il aime ? C’est pas vrai. Quand vous avez vingt ans, vous ne savez pas ce que vous aimez. Vous savez des bribes, vous attrapez, par exemple, dans votre expérience, vous dites j’aime ceci, c’est souvent mélangé. Mais pour arriver à vous constituer entièrement avec simplement ce que vous aimez, il faut la maturité, c’est-à-dire il faut la recherche, c’est ça la vérité de la vie."


              Voilà une citation qui reflète à la perfection ce que je ressens depuis quelques années, et ça peut paraître absurde mais j'éprouve un réel plaisir à avoir franchi le pas ce matin, car j'y ai découvert un goût (potentiel !) pour une chose qui ne m'attirait pas. Voilà qui me confirme que je dois vraiment laisser tous mes préjugés de côté afin de découvrir, et découvrir encore. Je ne sais pas si je vais aimer les autres films du même genre, mais nul doute qu'après avoir vu Vivre sa vie, je ne vais pas m'arrêter là.


                La seule chose qui m'embête, c'est de ne pas avoir les références ni les outils nécessaires pour analyser ce type de cinéma. J'ai savouré les plans, les dialogues, la réalisation du film, mais j'ai eu la sensation que mon manque de culture sur ce domaine m'a privé d'un tas de choses. N'ayant jamais suivi un seul cours de cinéma, ne connaissant pas la vie ni l'oeuvre de Godard, je n'ai pas les bases nécessaires à l'analyse de ce film, à la compréhension des mouvements de caméra, à la signification des thèmes abordés pour le cinéaste. Pour cette raison, je ne peux pas vraiment proposer d'analyse fine ou correcte de ce film (ça viendra peut-être avec les visionnages, au cours du temps). Comme toujours, je peux uniquement retranscrire ce que j'ai ressenti en voyant ce film, et ce que j'ai cru comprendre. Comme toujours, cette crtique sera purement subjective, appuyée sur mes sensations et émotions personnelles. ce n'est pas dérangeant en soi, mais c'est la première fois que ce manque de culture me gêne autant, car je sens bien que je suis loin d'avoir tout perçu.


           Mais bref, comme je l'ai dit, j'ai néanmoins savouré Vivre sa vie du début à la fin, j'ai dégusté chacun des 12 tableaux, ébloui par la qualité de la réalisation et le regard d'Anna Karina. Jean-Luc Godard ne cesse de sublimer son actrice tout au long du film, chaque plan étant centré sur elle, sur son personnage captivant. Les cadrages sont travaillés, réfléchis et on sent que chacun des plans a été pensé, et même quasiment millimétré. On est bien loin du cinéma "facile" qui consiste à filmer les choses dans le seul but de les filmer. Vivre sa vie propose un panel magnifique de plans-séquences délicieux où chaque mouvement de caméra, chaque prise de vue a sa signification. J'ai par exemple trouvé le générique superbe, notamment le jeu d'ombre et de lumière sur le visage gracieux d'Anna Karina, visage lui-même dissimulé par l'affichage du casting comme pour appuyer le fait que cette femme n'est rien de plus qu'une actrice, comme pour rappeler que le film n'est rien de plus qu'un film.


vivre sa vie2

            Et pourtant, le film et son personnage sont captivants et m'ont hypnotisé pendant 1h20, le regard d'Anna Karina étant tellement fascinant qu'il est difficile de s'en détacher. A travers ce personnage et 12 tableaux, Godard dépeint la vie d'une prostituée et sa recherche d'indépendance, de liberté, le titre "Vivre sa vie" prenant évidemment tout son sens. Le regard de l'actrice est souvent mélancolique, et certaines de ses expressions m'ont franchement troublé. Deux ou trois regards de tristesse furtifs, qui passent par-là l'espace d'une demie-seconde, m'ont fait leur petit effet sans que je sache vraiment pourquoi. Mention au regard caméra vers la fin du film lors de la discussion avec le philosophe, auquel je ne m'attendais pas mais qui m'a ému, pour une raison que j'ignore. Toute la discussion avec le philosophe est d'ailleurs savoureuse, j'étais pendu aux lèvres des deux personnages. Autre temps fort du film qui m'a ébloui : la danse du personnage principal dans la salle de billard. Encore une fois, j'ignore pourquoi cette scène m'a plu, peut-être est-ce le fait de voir ce personnage donner l'impression d'être heureuse, ou tout simplement le charme de l'actrice, mais j'ai adoré ce passage et notamment la musique "Swing! Swing! Swing!" de Michel Legrand.


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          Tant de scènes méritent d'être citées, comme l'émotion que suscite La Passion de Jeanne d'Arc sur le personnage principal ou l'hommage aux films muets assez émouvant. Dans tous les cas, j'ai réellement apprécié le film qui m'a fait l'effet d'un petit choc dans ma vie cinématographique. C'était inattendu et c'était bon.








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Published by Sebmagic - dans Critiques de films

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