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Une vie cachée - de Terrence Malick

Une vie cachée - de Terrence Malick

     Une merveille. Je sors tout juste du dernier film de Terrence Malick et, comme d'habitude avec ce réalisateur depuis que je l'ai découvert en salle avec The Tree of Life, je me suis réjoui de mon visionnage par avance. Ce cinéaste représente pour moi l'essence même du cinéma que j'affectionne ; de l'émotion pure, de la contemplation, beaucoup de sensibilité et de poésie. C'est donc confiant que j'ai commencé Une vie cachée, sorti en 2019, et une fois de plus, j'ai été conquis. Le film raconte l'histoire (inspirée de faits réels) de Franz et Fani, un couple d'autrichiens qui vit du difficile travail de la terre. Lorsque la Deuxième Guerre Mondiale éclate et qu'Hitler est au sommet de son ascension, Franz est appelé au combat et refuse catégoriquement de prêter serment au chef allemand.

 

     Chaque film du réalisateur est pour moi une expérience sensorielle unique et je suis toujours happé par les images, musiques et ambiances qu'il parvient à associer brillamment dans ses oeuvres. Une vie cachée m'a envoûté, m'a ébloui, m'a fait pleurer pendant 20 minutes avec son histoire incroyable et magnifique. Il est clair que je vais mettre plusieurs jours à m'en remettre.

Une vie cachée - de Terrence Malick

     Je ne vais pas répéter ce que je dis sans cesse sur le cinéma de Terrence Malick, mais ceux qui me connaissent savent que ce réalisateur me touche au plus profond. The Tree of Life avait été une révélation incroyable et, depuis, j'attends chacune de ses sorties avec la plus grande impatience. Nul ne filme la nature comme il le fait, avec cette caméra à l'épaule qui flotte et parvient à décrire avec douceur les petites choses de la vie. Son cinéma est majestueux et sublime, je ne peux pas m'empêcher d'y être sensible. La Ligne Rouge traite de la guerre et de la nature humaine d'une manière qui n'avait jamais été expérimentée avant dans le cinéma de guerre, avec des plans au ras du sol, une lenteur et une poésie qui contrastent avec ce qui avait été fait précédemment par d'autres réalisateurs. Le Nouveau Monde m'avait également conquis, le fond étant, encore une fois, magnifiquement mis en valeur par la forme.

 

     Après The Tree of Life, cependant, et même si j'ai adoré A la Merveille dont la bande-annonce m'avait hanté des mois durant, j'ai commencé à trouver ses films de plus en plus redondants, notamment parce qu'ils ne racontaient plus rien. J'avais accepté A la Merveille en tant que délire métaphysique et contemplatif poussé à l'extrême, car l'absence de scénario en faisait un OVNI du cinéma assez déstabilisant. Cependant, Terrence Malick a - selon moi - perdu un peu de vue l'essence de son art avec les films suivants. Voyage of Time, aussi beau soit-il, n'était qu'une redite de The Tree of Life. Knight of Cups m'a évidemment touché, mais je commençais déjà à me lasser de ce schéma répétitif et rébarbatif. Quant à Song to Song, je suis passé un peu à côté car l'esprit restait toujours le même ; une réelle beauté visuelle mais une histoire sans fond.

 

    

Une vie cachée - de Terrence Malick

     Avec Une vie cachée, cependant, Terrence Malick renoue avec ses films profonds, dans la parfaite lignée du Nouveau Monde et de La Ligne Rouge. Une vie cachée possède en effet une réelle narration, une vraie belle histoire constamment magnifiée par les talents du cinéaste. Tout dans ce film est palpable ; de l'amour infini qui existe entre Franz et Fani, en passant par la détermination du personnage principal et par l'injustice que ce couple subit au quotidien. Si le propos n'est pas si nouveau et que, bien sûr, la révolte contre le régime nazi ne peut que mettre les spectateurs d'accord, le film est magistralement mis en valeur par tous les codes de réalisation et de narration de Terrence Malick, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs et qui font la patte du réalisateur. Ici, tout y passe : les plans somptueux sur la lumière, les arbres, la nature, les parents jouant avec les enfants dans l'herbe, l'eau qui coule dans les cascades et les rivières, bref : du pur Malick.

 

     Du côté des voix, le film ne déroge pas à la règle : la plupart des scènes ne possèdent que de courts dialogues : soit l'un des personnages parle seul et ne reçoit jamais la réponse de l'autre qui reste muet, soit les dialogues en langue allemande ne sont même pas traduits, comme s'ils ne présentaient aucun intérêt. Tel Charlie Chaplin, Terrence Malick se permet de nous montrer des personnages qui parlent ou crient sans jamais expliciter ce qu'ils racontent réellement. Et ça marche à la perfection, car nous comprenons exactement ce qu'il se passe au moment où ça se passe. Outre les dialogues qui finalement représentent une très petite proportion du film (ils sont utilisés uniquement lorsque la situation les exige, pour décupler une émotion par exemple), c'est la voix off qui prend généralement le relais pour expliquer les enjeux liés à l'histoire du héros. Une fois de plus, on ne retrouve ce procédé que chez Terrence Malick, et ces voix qui traduisent uniquement les pensées des personnages ont toujours un effet puissant sur moi. Toutes ces pensées sont souvent associées à l'idée de "parler à Dieu" et, aussi incroyable que ça puisse paraître venant de moi, tout ce côté mystique ne m'a jamais dérangé chez Malick. Moi qui ai pourtant horreur des bondieuseries, qui trouve ridicule le fait de s'adresser à une puissance supérieure, j'accepte néanmoins ces règles pour une obscure raison dans le cinéma de Terrence Malick. Elles rendent le propos encore plus poétique et envoûtant, et je ne peux pas décoller mes yeux de l'écran.

Une vie cachée - de Terrence Malick

     Une vie cachée, enfin, est également poignant car il passe trois heures à nous raconter et à nous montrer l'injustice cruelle que vivent Franz et Fani chacun de leur côté, le premier emprisonné pour trahison et maltraité, la deuxième conspuée par les gens de son village pour son statut de "femme de traître". L'une des phrases du film, pourtant, restera jusqu'à la fin le moteur du personnage principal : "Mieux vaut subir l'injustice que la commettre". Magnifique.

 

     Si le film est si poignant, et si je n'ai pu m'empêcher de pleurer comme un idiot pendant les vingt dernières minutes du film, c'est aussi parce qu'en dehors de toute cette injustice, Terrence Malick a encore su capter l'amour profond qui existe entre les deux personnages. Dès le début du film, les images insistent sur la complicité et le côté enfantin de ce couple extrêmement mignon ainsi que de leur relation de respect et de soutien mutuel. Ainsi, lorsque (image ci-dessus), Fani parle à Franz pour lui montrer qu'elle le soutient quoiqu'il arrive, mes larmes ne se sont plus arrêtées de couler. Rares sont les films très récents à créer des couples aussi beaux et vibrants, et ces deux-là en forment un véritablement splendide. De mémoire, le dernier couple marquant que j'ai pu voir au cinéma était dans Take Shelter, où on retrouvait avec Jessica Chastain la même douceur que l'incroyable Valerie Pachner. August Diehl est également époustouflant d'un bout à l'autre dans son rôle et les deux acteurs forment à l'écran un duo très charismatique.

 

     Bref, Une vie cachée est pour moi un brillant retour de Terrence Malick, qui s'était quelque peu perdu dans des films un peu trop extrêmes ces derniers temps. Le voir renouer avec un véritable scénario me semble prometteur pour son cinéma dans les années à venir. Indiscutablement, ce film rejoint mon top 300 et il ne risque pas d'en sortir de si tôt.

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