Je n'attendais qu'une chose avant d'aborder Cédric Klapisch sur le blog : terminer sa "trilogie de l'expatriation". C'est désormais chose faite, puisque j'ai vu Casse-tête chinois hier soir, et cette dixième expérience achève de faire de Klapisch l'un de mes réalisateurs français chouchous. Tout a commencé en 2007, grâce à une amie de la fac qui parlait sans cesse d'une comédie qu'elle adorait : Le Péril Jeune. Je la revois encore déclamer des répliques comme : "L'homme descend du singe. Tomasi est un homme. Tomasi ne descend pas du panier d'basket." Grâce à elle, j'ai été initié au cinéma de Klapisch et j'ai été fasciné par le jeu de ce jeune énergumène que je ne connaissais alors que de nom : Romain Duris. Il y a très peu de chances que tu me lises, mais merci, Lise.
Au fil des années, j'ai parcouru la filmographie de Cédric Klapisch lentement, mais sûrement. Coup de cœur après coup de cœur, ce n'est qu'en 2022, en découvrant Deux moi puis En Corps, que j'ai eu une révélation : j'étais devenu fan de Cédric Klapisch sans m'en rendre compte. Que ce soit dans ses collaborations avec Romain Duris ou avec François Civil, le cinéaste parvient toujours à me surprendre, à me faire rire avec ses trouvailles visuelles parfois farfelues, à m'emporter avec ses histoires de liens familiaux ou d'âmes en reconstruction. Car le cœur du cinéma de Klapisch se trouve dans cette thématique : ses personnages sont toujours en quête de construction – de liens sociaux, d'identité, d'équilibre intérieur. De vie, tout simplement. Il y a de la vie chez Klapisch et il parvient à manier humour et émotion avec un sacré sens du dosage.
Aujourd'hui, je vous présente donc mon top de ses films, dans l'ordre décroissant. Sur les onze que j'ai vus, je vous recommande chaudement les huit premiers.
11 - Ma part du gâteau
Un film cliché et improbable, où Karin Viard et Gilles Lellouche se défendent mais n'offrent rien de bien mémorable. A part eux (et Marine Vacth, même si son rôle est minime), le casting est assez catastrophique notamment chez les jeunes. Quelques moments de comédie sont très efficaces, et on ne peut pas nier que cet aspect du film fonctionne plutôt bien. Mais pour ce qui est de raconter des choses, Ma part du gâteau est peut-être un peu présomptueux. Ici, Klapisch nous étale tous les stéréotypes sur les vilains traders qui ne pensent pas aux vies qu'ils détruisent, face aux ouvriers désemparés et aux syndicalistes qui ne pensent qu'à leur révolte. Il n'y a pas vraiment de propos fort ni de conclusion spectaculaire. N'est pas Ken Loach qui veut.
10 - La venue de l'avenir
La venue de l'avenir est génial lorsqu'il reste dans le présent, avec une réunion de famille originale qui fonctionne à merveille. Mais lorsqu'il s'agit de voyager dans le passé, Klapisch est un peu moins à l'aise et les clichés s'accumulent. Dommage ! Voir mon article complet.
9 - Paris
Voici un film que j'ai vu il y a 15 ans et que j'ai oublié. Mon ressenti avait été très mitigé à l'époque, je me souviens surtout d'une avalanche de personnages et de petites histoires qui m'avaient perdu, là où j'aurais préféré passer plus de temps sur le personnage de Romain Duris. Paris, cependant, mérite clairement un deuxième visionnage de ma part car le casting est terriblement excitant : Duris, Binoche, Laurent, Luchini, Dupontel, Cluzet, Viard, Lellouche et j'en passe : que du beau monde ! Peut-être un peu trop d'un coup. Voir mon article de l'époque (un peu daté).
8 - Un air de famille
J'ai été très surpris de devoir reléguer Un air de famille à la 8e position. Ça donne l'impression que j'ai trouvé le film moyen, mais il n'en est rien. A partir de cette place, en effet, tous les films du classement sont de véritables pépites. Un air de famille est à la base une pièce de théâtre d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, que Klapisch a adapté au cinéma en reprenant les deux comédiens. Le film repose sur des dialogues superbement écrits avec une galerie de personnages à la fois drôles et humains. Un petit bijou.
7 - Ce qui nous lie
Superbe. Avec son joli titre et son joli casting, Ce qui nous lie est une très belle histoire de famille : celle d'un trio de frères et sœur en deuil, chargés de reprendre le vignoble de leur père. A la fois drôle et douce, cette comédie est portée par trois excellents comédiens dont l'alchimie est visible à chaque instant. Un film un peu plus contemplatif que d'habitude pour Cédric Klapisch, mais tendre et sensible.
4 - L'auberge espagnole
5 - Les poupées russes
6 - Casse-tête chinois
La trilogie de Klapisch est une merveille de légèreté. Romain Duris y interprète Xavier sur plus de 10 ans à travers les continents. Tout commence avec L’Auberge espagnole (2002) à Barcelone, se poursuit à Saint-Pétersbourg dans Les Poupées russes (2005), et s’achève à New York dans Casse-tête chinois (2013). On y suit la vie mouvementée de ce jeune homme, ainsi que son petit cercle d'amis et d'amours qu'on prend plaisir à retrouver à chaque fois. Chaque opus explore une étape de la vie, à la manière de Linklater avec la trilogie Before. Dans L'auberge espagnole, on parle de la fougue de la jeunesse, de rencontres étudiantes, de choc culturel. Dans Les poupées russes, c'est l'entrée dans l'âge adulte, avec la crise de la trentaine, les désillusions amoureuses. Puis, Casse-tête chinois parle de parentalité et de responsabilités dans une vie qui semble de plus en plus difficile à gérer. Duris y est pétillant, tout comme Audrey Tautou, Kelly Reilly ou Cécile de France qu'on aime voir évoluer avec lui.
Pour ne rien gâcher, la mise en scène de Klapisch est inventive, ludique, vivante. Tout au long de la trilogie, on retrouve ses fameux visuels fragmentés en mode "mosaïque", ou encore des séquences fantasmées à l'humour bien senti (j'ai encore en tête la scène du pipeau, très amusante). Au fur et à mesure des années, le montage s'adoucit et devient moins frénétique, un peu comme si la caméra vieillissait avec le personnage, mais le ton reste toujours aussi amusant et dynamique. Cette trilogie est une vraie bulle de fraîcheur, qui donne envie de voyager et d'aller à la rencontre du monde. Elle est entrée par la même occasion dans mon top des meilleures trilogies.
3 - En corps
En corps est un magnifique film sur la reconstruction – à la fois physique et psychologique. Une fois de plus, le casting est la vraie force du film, avec une galerie de personnages drôles ou émouvants. Marion Barbeau est incroyable de naturel dans ce rôle de danseuse étoile blessée, qui peine à lâcher prise. En corps garde de jolies touches d'humour dont Klapisch a le secret, notamment grâce à François Civil ou Pio Marmaï, mais c'est également l'un des films les plus touchants et poétiques du cinéaste. Article complet.
2 - Deux moi
Encore un film sur la reconstruction psychologique et la rencontre de deux âmes égarées. Deux moi est une merveille, le film m'avait saisi du début à la fin par sa justesse et sa poésie. François Civil et Ana Girardot y livrent des performances magistrales, tout en retenue. Quant à la mise en scène de Cédric Klapisch, elle est aussi douce et délicate que cette intrigue. Ces deux êtres vivent côte à côte, mais leurs trajectoires ne pourront se croiser qu'après avoir retrouvé un équilibre intérieur. Sublime. Voir la critique.
1 - Le Péril Jeune
Je termine évidemment par Le Péril Jeune, qui mérite sans conteste la première place, à la fois pour des raisons objectives et personnelles. Il s'agit de mon premier Klapisch, et ce fut une révélation. La manière avec laquelle le cinéaste jongle intelligemment avec la comédie et le drame est brillante. A l'époque, je m'attendais à une comédie française parmi tant d'autres, un peu potache, mais quelle fut ma surprise de voir autant de sensibilité ! Le récit oscille entre purs moments de déconnade – les joints, les conneries d'ados, les blagues puériles – et une atmosphère plus grave lorsque ces mêmes personnages entrent dans la vie d'adulte.
Romain Duris y trouve à mon avis son meilleur rôle, avec son sourire insolent et son charisme magnétique : Tomasi est à la fois fascinant et hilarant, issu d'une génération désabusée. Il est accompagné, comme souvent chez Klapisch, de toute une bande de comédiens prodigieux qui captent à merveille cette jeunesse insouciante des années 70. Vincent Elbaz – "Chabeeeeeert !" – m'éclate comme toujours, tout comme Julien Lambroschini dans l'une des scènes les plus mémorables du film (celle de la baignoire, pour les connaisseurs... On s'regarde jamais proche...). Côté dialogues, le film fourmille de répliques cultes. Impossible de ne pas penser à la fameuse scène du "café avec cinq paaaailles madame !", ou encore "Chômons dès aujourd'hui pour mieux chômer demain !" ou autres "Humm c'est hot, c'est hot dog, c'est hot saucisse !".
Pour couronner le tout, Le Péril Jeune est ancré dans une ambiance post-mai 68 géniale, entre réunions de potes autour d'un flipper, virée à mobylette à travers la ville, discussions politiques, envies de liberté. Bref, j'aime Le Péril Jeune et je vous le conseille de toute urgence.
Note : cette liste, mise à jour régulièrement, contient tous les films que j'ai vus. Si votre chouchou n'y figure pas, n'hésitez pas à me le conseiller ci-dessous !