Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mother! - Critique et explication

Mother! - Critique et explication

       Même si j'ai déjà brièvement mentionné ce film de Darren Aronofsky lors de la reprise du blog en 2020, je profite d'avoir vu Mother! une deuxième fois hier pour lui consacrer l'article qu'il mérite. Dans une première partie, je ferai une simple critique sans spoiler pour vous donner envie de découvrir ce film incroyable, puis je passerai à mon interprétation personnelle dans laquelle je révèlerai l'intégralité de l'intrigue.

 

       Critique sans spoil

Mother! - Critique et explication

      Si on exclut The Wrestler, seul film d'Aronofsky que je n'ai pas encore vu, la filmographie du réalisateur me touche exactement une fois sur deux. Je considère Requiem for a dream (2000) comme un choc majeur, puis Black Swan (2010) comme l'un des meilleurs thrillers horrifiques de ces dernières années ; j'aime son côté viscéral et brutal. Au milieu de tout ça, son premier film Pi (1998) m'a laissé globalement indifférent, j'ai trouvé The Foutain (2006) un peu pompeux et, enfin, Noé (2014) m'a semblé complètement plat et sans intérêt. Lorsque j'ai découvert Mother! en 2020, trois ans après sa sortie, je ne savais donc pas vraiment à quoi m'attendre. Pourtant, ce film pousse le côté viscéral d'Aronofsky à l'extrême, avec intelligence, et il m'a mis une claque comme rarement un film ne l'aura fait.

 

      On y suit un couple interprété par Jennifer Lawrence et Javier Bardem, vivant dans une belle et grande maison au calme, au beau milieu de la forêt. Lui est écrivain tandis que sa femme passe ses journées à reconstruire et rebâtir la maison qui avait été quasiment détruite dans un incendie. Un soir, leur tranquillité est perturbée par un vieil homme (Ed Harris) qui frappe à leur porte. Sans consulter sa femme, l'écrivain accueille l'homme dans la maison et lui propose de rester quelques temps.

 

Mother! - Critique et explication

       Dévoiler la suite de l'histoire serait un sacrilège tant la surprise et la tension sont au cœur de ce film, tout sauf ordinaire. Ne vous attendez pas, en effet, à un banal thriller. Mother! est complètement fou dans sa construction, les rebondissements s'enchaînent à la vitesse grand V et une chose est sûre : Aronofsky maîtrise à la perfection le rythme de son intrigue. Le propos pourra laisser plus d'un spectateur sur le carreau, notamment les moins avertis - en quête de premier degré - car Mother! est une expérience éprouvante, suffocante, mais surtout intelligente sur le fond (je rentrerai dans les détails dans la deuxième partie de l'article) avec une double lecture terrifiante.

 

     Le film joue avec les nerfs du spectateur qui n'aura de cesse de vouloir se révolter et se rebeller à la place du personnage féminin et, lorsqu'on réalise le véritable sujet de cette histoire, la dernière demi-heure nous percute de plein fouet dans un déferlement d'événements qui engendrent la stupéfaction. J'ai adoré découvrir le film sans en savoir trop, donc je ne vais pas décrire davantage l'effet qu'il m'a procuré lors de mon premier visionnage, mais il est clair que Mother! a été une expérience unique et marquante. L'atmosphère du film s'imprime de manière indélébile dans la mémoire.

 

Mother! - Critique et explication

       En plus du cadre et du décor absolument magnifiques, Darren Aronofsky montre une fois de plus qu'il a un style à part entière, en témoignent différents effets visuels ou sonores qui peuvent rappeler certains gimmicks de Requiem for a dream. Certaines astuces sonores sont véritablement saisissantes, comme lorsque le personnage de Jennifer Lawrence prend un médicament et que les bruits du verre donnent l'impression de résonner dans le crâne du personnage. On peut également citer la pièce de la maison contenant le cristal, qui semble renfermer une véritable âme ; on l'entendrait presque se taire à chaque fois que Javier Bardem en ferme la porte. D'un point de vue visuel, quelques effets sont également propres à Aronofksy, comme ces instants où le stress et la détresse du personnage principal l'envahissent au point de faire vibrer l'image autour d'elle. 

 

      En dehors du scénario que je trouve totalement malin d'un bout à l'autre, et qui justifie cette rapide montée en puissance à première vue grotesque, l'autre force de Mother! réside dans ses acteurs réellement fabuleux. Si le spectateur sera effectivement déstabilisé par l'intrigue principale, c'est notamment grâce au jeu impeccable de chaque comédien. Tous sont brillants : d'un Javier Bardem flippant et égocentrique à une Jennifer Lawrence sensible et fragile, en passant par un Ed Harris inquiétant ou une Michelle Pfeiffer têtes-à-claques. Certaines séquences (comme celle ci-dessous, dont je ne révèlerai pas les tenants et aboutissants dans cette partie) sont glaçantes.

 

Mother! - Critique et explication

        Explication et interprétation

 

      Parce qu'il est difficile de parler davantage du film sans chercher à le comprendre, vous devez arrêter votre lecture ici si vous n'avez pas encore vu Mother!. Dans ce cas, je vous encourage vivement à le découvrir de toute urgence pour vous faire votre propre avis sur ce film très singulier. Passons maintenant à mon interprétation du film qui, après mon deuxième visionnage, m'est apparu beaucoup plus limpide et puissant.

 

Mother! - Critique et explication

       Certes, je ne vais pas inventer l'eau chaude en expliquant ici comment j'ai compris Mother! étant donné que ce film a souvent été décrypté sur le web depuis sa sortie en 2017. Cependant, comme de nombreux spectateurs ont visiblement démonté le film sans chercher à le comprendre, je souhaitais remettre les pendules à l'heure.

 

      Il est évident que Mother! n'est pas un film à prendre au premier degré strict ; il ne s'agit pas réellement d'une femme et de son mari. Il ne s'agit pas non plus, d'ailleurs, réellement d'une maison. Ce film n'est en fait qu'une vaste allégorie sur le monde, la religion et la nature, dans laquelle chaque personnage représente une entité précise. Nous pouvons d'abord constater que les protagonistes n'ont pas de nom. Javier Bardem est sobrement intitulé "Lui" sur les fiches de casting et, pour Jennifer Lawrence, ce sera "Mother". Ces dénominations font tout simplement référence au Créateur (Dieu) pour lui, et à Mère Nature pour elle. Lui ne cherche qu'à créer constamment, pour gonfler son ego surdimensionné, car c'est sa raison de vivre (il le dira d'ailleurs lui-même vers la fin du film). Il se fiche éperdument des conséquences de ses actes et, ces conséquences, c'est elle qui les subit en permanence. 

 

Mother! - Critique et explication

      Ainsi, le premier personnage (Ed Harris) qui frappe à leur porte en début de film représente Adam. Il est rapidement suivi d'Eve (Michelle Pfeiffer). Ces deux intrus font irruption dans un monde qui semblait pourtant parfait sans eux : la maison qui représente évidemment la Terre. La Nature (Jennifer Lawrence) voit d'un mauvais œil cette intrusion et, dès lors, ne cessera de contrôler l'état de santé de sa maison pendant l'intégralité du film. Quelques scènes la montrent en effet à l'écoute de la maison ; elle ressent son cœur et celui-ci dépérit progressivement au cours de l'intrigue.

 

     Lorsqu'Adam et Eve succombent au péché (le bureau contenant le coeur de cristal représente le Jardin d'Eden et le cristal brisé, la pomme croquée), Dieu condamne l'entrée de la pièce. Petit à petit, les parasites se multiplient et nous assistons alors au meurtre d'Abel par son frère Caïn (les deux fils d'Adam et Eve), histoire biblique bien connue qui nous est montrée ici avec une grande violence. Doucement, Dieu délaisse la Nature au profit de l'Homme ; il n'a que faire du pillage et du saccage de sa propre maison (la Terre), puisqu'il est aveuglé par son désir d'être aimé et admiré par l'être qu'il a créé. La suite du film et sa dernière demi-heure complètement folle vire alors au cauchemar pour Mère Nature. Envahie par les intrus qui détruisent sa demeure, elle suffoque et fait tout ce qu'elle peut pour ne pas se laisser écraser. Malheureusement, personne ne l'écoute car les Hommes n'ont d'yeux et d'oreilles que pour leur Dieu, se battant et s'entretuant pour tenter de se l'accaparer. 

 

      Même lorsqu'elle pensera enfin obtenir un peu de répit et de sécurité avec la naissance de son enfant (Jésus, bien sûr), ce bonheur ne sera que de courte durée puisque Dieu va à nouveau s'approprier le bébé pour sa propre gloire, et le sacrifier sur l'autel de l'orgueil. La séquence de l'accouchement est un incroyable moment de tension, avec un Javier Bardem plus terrorisant que jamais. Le voir, ainsi, attendre patiemment que sa femme s'endorme pour lui voler le nourrisson, m'a apporté de merveilleux frissons. La séquence qui suit, par ailleurs, fut pour moi l'une des plus marquantes de ces dernières années tant elle est brutale, crue et inattendue. Darren Aronofsky pousse son propos à l'extrême et je trouve ça brillant. 

 

      Puis vient la fin du film et on comprend que la Nature, dans un acte de souffrance ultime, décide de tout faire cramer et de tout recommencer à zéro. L'Homme est détruit mais la Terre, elle, lui survivra. Avec difficulté, la maison brûlée se reconstruit petit à petit. La Nature, d'elle-même, reprend possession de sa demeure et le calme revient. Mother! se conclut alors là où il avait commencé, formant un cycle qui se répète à l'infini.

 

Mother! - Critique et explication

       Bref, Mother! est fascinant et, bien qu'il possède encore de nombreuses interprétations différentes, le film nous interroge sur notre place sur Terre et sur notre statut de parasite. Il nous interroge également sur notre rapport à la religion et s'avère être une brillante critique de notre société, tout en glissant subtilement des messages de responsabilité écologique. C'est un film sublime sur la forme comme sur le fond, tout en mettant une gigantesque claque visuelle et émotionnelle. En parvenant ainsi à filmer l'incontrôlable (notamment grâce à sa logique interne de temporalité, rarement aussi bien justifiée : les événements s'enchaînent à une vitesse folle, sans temps mort), Aronofsky a réalisé un sacré tour de force. Incroyable, virtuose et phénoménal.

 

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article